Yeniyurt 2018 Turquie (Cilicie)

Extrait de “Châteaux oubliés et cités disparues – Sur les routes de l’Orient / T2“
Le canyon de lamas concentre dans ses méandres plusieurs attractions géologiques que bien des passants ont tenté de s’approprier le temps d’un règne. La quête de l’immortalité n’a pas d’âge, chacun souhaitant laisser sa trace pour l’éternité.
Deux importantes cités fortifiées bordaient ce défilé, Tapureli au nord et Yeniyurt plus proche de la mer, toutes deux conçues pour durer. Depuis la côte, à Kocahasanli, la route monte vers le nord-ouest, à 25 kilomètres l’antique colline urbanisée depuis plus de deux mille ans a pris le nom actuel du village voisin.
Les fortifications se concrétisent à la sortie d’une étroite vallée, sur son versant Nord après quelques lacets. La cité perchée à 820 mètres domine un panorama à 360°. Falaises et maquis à l’infini, l’étendue désertée est un plateau minéral chaud nettoyé par le vent. Premier contact, dans leur enclos quatre chèvres attendent à côté d’une bicoque de berger bâtie en blocs de réemploi, traînent les inévitables chaises de plastique blanc sales et amputées.
La ruine couve du côté Sud, des tas de pierres et des fragments de murs prometteurs s’amorcent dans les buissons pour nous perdre en frôlant les abrupts. Quelques citernes d’abord, puis des effondrements qui forment des passages, parmi les éboulis des sections de colonnes brisées, d’autres citernes : petites cavités taillées en vasque ou fosses, parfois un mur court nous gardant du précipice. En continuant le front Sud la progression plonge dans la broussaille, quelques respirations laissent présager que la plateforme s’avance largement sur le vide, le fond du canyon ne se distinguent même pas. La vue sur l’impressionnante falaise de l’autre côté nous renvoie en écho à notre fragilité face à ces mastodontes minéral. Pour 300 mètres de profondeur trois strates de mille feuilles s’empilent sous la galette scintillante et monotone que nous foulons ; l’horizon en unique échappatoire au maquis.
Les ruines se poursuivent, avec une interprétation difficile, le site aurait été délaissé avant l’an mil. Quelques belles pièces surgissent, comme cet énorme fût de colonne renversé, coincé par les chênes verts ; le monolithe servait-il de totem sur cet océan de maquis ?
A l’extrémité Ouest le rocher se dépouille enfin, à la fortification massive du front Nord s’opposait la frivolité d’un côté Sud réservé aux loisirs et à la vie sociale de la cité. Taillées dans la roche, plusieurs esplanades agrémentées de quelques rangs de gradins se prêtaient aux jeux et aux palabres. Le fond parfaitement plat de certaines laissant imaginer une piscine, plus proche de la pataugeoire. Il s’y développe aujourd’hui une flore persistante de plantes grasses et de minuscules fleurs roses.
Les amateurs de remparts remodelés apprécieront le versant Nord, l’unique flanc accessible domine la vallée Est/ouest qui relie Husametli aux villages de Yeniyurt et de Veyselli. Je comprends pourquoi cette muraille s’aperçoit depuis le fond du défilé. Deux mille ans plus tard, l’effet de réelle puissance incarnée par des longrines d’une surprenante longueur, ne faiblit pas. Formellement elles n’appellent rien de comparable dans le voisinage, le travail des Grecs assurément. Le bastion à la pointe extrême du rocher offre le meilleur exemple du système avec sa masse pleine dotée de blocs mesurant plus d’un mètre de long. La rotondité de l’ouvrage semble formée de parois concentriques maçonnées dans une unité de construction. Ce mode opératoire diffère sur les courtines pour lesquelles la tranche de la muraille montre clairement deux rangs de parements issus de périodes différentes. La maçonnerie extérieure qui inclut des tours ou des contreforts a été ajoutée au-devant d’un premier rempart, plutôt tardivement au regard de la configuration des blocs recyclés. Quelques inserts pittoresques animent cet appareil : deux sarcophages de l’époque pré chrétienne, des blocs issus d’une frise romaine ou grecque émanant de l’architrave d’un temple. Tout est concentré à proximité d’une poterne défendue par une tour. L’aspect ornemental et décoratif, potentiellement valorisant pour les commanditaires n’est pas à négliger. Non loin, un linteau couvert d’un beau bas-relief illustre une scène avec des chevaux et des soldats, bizarrement la position du bloc ne permettait pas de voir la face historiée en façade.
En suivant la crête Nord vers l’est, parmi d’autres vestiges d’habitats, se dégage le chevet et les fondations d’une église byzantine dont il reste une petite abside et des murs périphériques. La suite du rempart, largement bricolée, s’étire jusqu’à l’entrée du site sans trace de la porte. La piste se prolonge en impasse sur le plateau vers le sud-est, plusieurs fermes habitées exploitent les terres arables et y placent leurs troupeaux, une forêt de pins occupe cette extrémité. La bordure Nord-est porte d’autres vestiges d’habitats mais je ne les ai pas visités.

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