Larressingle 2010 France (Gers)

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Sur le pont qui s’enfile entre les deux tours vont et viennent des centaines de visiteurs. Aspirés sous le porche, ils s’étourdissent dans une ronde qui les mène d’échoppes à souvenirs aux terrasses des buvettes. Les plus curieux se faufilent dans le corridor qui sépare le portail de la chapelle du chevet du château. Deux, voire à peine trois mètres distancent les hauts murs. Il faudrait imaginer une passerelle reliant les deux bâtiments, de part et d’autre aucune ouverture ne correspond, pourtant un bon nombre sont murées à l’arrière du fort. A l’origine il se trouve une église, depuis le XIe la terre appartient aux abbés de Comdom. Remplacée au XIIe, la chapelle est construite sur un plan carré surmonté d’une grosse coupole, il s’agit d’un ouvrage défensif qui inclut dans ses combles une salle refuge. La construction du château ainsi que la fortification du village sont réalisées à la fin du XIIIe, Larressingle n’échappe pas à la peur qui s’étend sur l’aquitaine durant cette période, en principal sur l’Agenais. La dissuasion marche à fond puisque le site ne subira pas d’affront avant la fin du XVIe. La visite de la chapelle révèle une disposition atypique : on pénètre d’abord sous la coupole, puis l’édifice se prolonge, par un petit passage, vers deux nefs successives voûtées en plein cintre. A l’extérieur, la transformation se comprend par l’appendice surbaissé, accolé à la haute chapelle primitive. Cette forme définitive de l’ensemble est figée dès la fin du XIIIe. Le château est boudé depuis le XVIIe, vraisemblablement en liaison à l’occupation sauvage des huguenots dans la dernière décennie du XVIe. Il subit un démontage organisé par ses propriétaires de toujours, les évêques de Condom. Délaissé, au profit de leur résidence plus confortable de Cassaigne, la ruine est entamée au XIXe. La forme originelle du fort reprend celle des châteaux « Gascon », un logis massif de trois niveaux, un quatrième est ajouté au XIVe, peu d’ouvertures, simplement quelques archères. A la renaissance, il s’agrandit sur le côté Nord-Ouest et se pare d’une belle tour pentagonale qui abrite un escalier à vis, une construction très en vogue au début du XVIe. Le site est fermé, les hauts murs gardent jalousement tout aperçu sur l’intérieur du bâtiment. Ce plus beau village de France fait honneur à ses pairs. L’ensemble fortifié, remarquablement mignard, campé sur bonne assise rocheuse, ressemble plus à un site purement castral. Ses hautes murailles cernent de près le fort, ne laissant que peu d’espace aux quelques petites maisons adossées aux remparts. R.C.

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Sainte Mère 2010 France (Gers)

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Un autre château, dit gascon, au nord de Lectoure. Sur une côte, le village anciennement fortifié domine un paysage doucement vallonné. Variété des cultures, débordantes elles enserrent quelques grosses fermes isolées, douceur qui évoque la Toscane sans les ifs et les cyprès. La maison forte de Sainte Mère pourrait être le modèle, sa construction attestée vers 1277, soit deux années avant le traité d’Amiens qui redonnait aux Anglais l’Agenais, devient antérieure aux autres constructions. Rare de rencontrer autant de ruines comportant de telles parentés, comme si tous ces châteaux avaient été bâtis pour le même promoteur. Des caractéristiques identiques : une hauteur de 14 m pour le logis correspondant à trois niveaux, une occupation au sol réduite de 7 par 20 m, deux tours opposées à chaque extrémité, la plus forte et plus haute culminait à 25 m. Standardisation des espaces intérieurs qui se répètent aussi dans leur attribution : au sol stockage des comestibles, domesticité et garnison à l’intermédiaire, puis l’espace noble mieux éclairé, sous la toiture, apparemment toute la structure intérieure était en bois. Drôle de modèle, à la fois austère résidence, piètre forteresse sans enceinte ni fossés, aux murailles à peine flanquées et pingres en archères.
L’édification de ces micro forteresses se répartit sur au moins 20 années, pour des personnalités diverses : clercs ou laïcs, Anglais et Armagnacs. Aujourd’hui, l’enveloppe formelle se maintient, âme robuste dépouillée de ses édicules en bois. Une personnalisation ultérieure a permis de révéler, enfin, l’ego de leurs propriétaires. Ainsi les façades se parent de baies ogivales, trilobées, à meneaux gothique et renaissance. La ruine de Sainte-Mère est enserrée dans une propriété privée, une belle demeure du XVIIIe jouxte la ruine, la visite n’est pas possible. Selon les commentaires, dans la tour, un escalier à vis desservait les étages, au niveau supérieur des aménagements certainement contemporains de la baie gothique du XVe attestaient d’un usage d’habitation : éviers, placards ou niches dans le mur et cheminée.
Sur le couronnement, aucune certitude à propos d’un chemin de ronde, ce faisant des trous de boulin ainsi que des corbeaux en partie haute auraient pu supporter un ouvrage en bois de type hourd. Particularité du bâtiment, il n’y a pas de trace de mur de refend à l’intérieur, un bel espace libre. L’histoire se résume à l’évêché de Lectoure qui en décide de la construction en 1277 et s’en trouve dessaisit à la révolution, il aurait subi un incendie au début du XVIIe. Il sert modérément de carrière au XVIIIe consécutivement au bon état de conservation. Le petit village de Sainte-Mère bénéficiait d’une enceinte défendue à chaque extrémité par une tour, dont celle du château à l’ouest et une tour porche accolée à l’église à l’est. R.C.

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Lagardère 2010 France (Gers)

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Les Maniban et les du Pin de la Forcade aimaient-ils les ruines ? Cités parmi les derniers possesseurs du château de Lagardère, ils contribuèrent largement à son abandon. A l’actif des Maniban, il faut évoquer sur une crête voisine Mansecome où des travaux entrepris sont abandonnés. Du côté des du Pin, c’est au Tauzia en intervisibilité de Mansencome, la famille possède la ruine pendant plus de deux siècles. La colline domine un vaste paysage immuable aux semblables croupes chevauchées par les conquérants anglais. La fondation, les comtes d’Armagnac mandatent l’abbé de Comdom pour édifier un ouvrage fortifié. Cette terre leur est confiée en 1270, la construction s’élève rapidement, mais aucune date ne la précise. En tout état, le château se conforme au type « Gascon », un gros logis sans cour cerné ici par trois tours. Différence notoire, la tour Sud, qui dépasse d’un étage le bâtiment, lui est résolument lié et devient habitable, ce qui n’est pas le cas dans les autres sites voisins. L’organisation interne reste conventionnelle, les deux premiers niveaux servent de stockage, voire d’abri, quand le dernier est réservé à l’habitation. Il dispose d’une cheminée, d’une latrine et de lancettes polylobées. A titre de dispositifs défensifs, nous retrouvons des belles archères à croix pattées, un crénelage ornait les tours, rien ne l’atteste sur le logis. Les deux petites tours, façon guette, flanquaient la partie Nord. En 1578 le bien échoit aux Lavardac, et reçoit ses premières transformations. La pacification de la région rend les fortifications obsolètes, des baies sont percées, ainsi qu’une nouvelle porte côté chapelle : l’entrée actuelle, et sur l’angle Sud-Est du donjon se greffe une échauguette. Les Maniban acquiert le château en 1630, il devient progressivement un bâtiment à usage agricole, le stockage est maintenu, une boulangerie avec un four s’installe au premier. Suivent deux propriétaires après l’extinction de la lignée des Maniban, dès la fin du XVIIIe les dégradations sont avérées : l’ancienne porte principale est murée, ainsi que plusieurs baies. Vers le milieu du XIXe, les Du Pin de la Forcade prennent possession d’une ruine, qu’ils conservent jusqu’au début du XXe. Il est actuellement la propriété d’une association réunissant des individus répondant au patronyme éponyme. Juchée sur sa côte, la petite forteresse se fait trapue, séduisante à l’approche par le dépouillement qui l’environne, la visite est brève, une solide grille défend l’entrée. Il t’appartient de faire le tour, en toute quiétude, le nez en l’air, la ruine ne l’est plus tout à fait. R.C.

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Mansencome 2010 France (Gers)

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Depuis le Tauzia le château de Mansencome semble parfait, ses hauts murs et ses toitures font illusion. Au milieu du village, enserré de maisons, une belle pelouse des massifs fleuris signifieraient une parfaite résidence secondaire, un beau portail blanc infranchissable peaufinerait le tableau. Parvenir au petit village éloigné de la grande route est néanmoins facile, tant de chemins convergent vers cette crête. L’espoir renaît au plus près, les ouvertures béantes ne possèdent pas d’huisseries et la toiture fatiguées fait dans le dépenaillé, sur la plus haute tour l’herbe pousse. La construction écrase tout un lot de petits bâtiments mal entretenus, l’accès à la cour est défendu par un portail autant rouillé que sans allure. Le château domine une exploitation agricole hors d’âge, ça flaire l’abandon, mais le peu de vie apparent n’invite pas à la visite. Contentons nous d’en faire le tour ; un chemin s’engage à flanc de coteau en longeant d’anciens appentis écroulés. Sous les ronces et les toitures avachies, sommeille une collection d’engins agricoles qui retrace l’industrialisation de la paysannerie française. Des automobiles complètent avantageusement le décor exprimant l’aisance des maîtres du lieu. Vous l’avez compris, nous frisons l’œuvre totale, la ruine dans toute sa magnificence. Depuis l’arrêt des derniers travaux au début du XVIIIe, le site n’a pas subi de dommages, un usage agricole régulier a favorisé l’entretien de sa couverture, qui semble assez lointain aujourd’hui. Mansencome est un château dit gascon, élevé à la charnière du XIIIe et du XIVe en terre française, il contrôlait la vallée de la Baïse, s’opposant au Tauzia, accroché à l’autre versant, du côté des possessions anglaises. La similitude flagrante des deux constructions est patente, seule leur contemporanéité peut la justifier, quant à l’inspiration anglaise, si elle se démontre aisément, il faut admettre que les mêmes artisans oeuvraient pour les deux clans. Toujours stylées, les archères à croix pattées sont de la partie, essentiellement sur les deux tours, opposée en diagonale, sur le corps de logis au moins deux époques de remaniement : des baies à lancettes cohabitent avec de grandes ouvertures à meneaux sans décorum, l’appareil est en petit moellons bien ajustés. A l’examen lointain, au moins deux ouvertures murées appartiennent à l’époque gothique, la porte sur la tour Est et une petite fenêtre sur la face Ouest du bâtiment, cette dernière est identique aux lancettes de la façade principale. Le couronnement des murailles du corps d’habitation était-il muni d’un chemin de ronde ? Plusieurs portes ouvrant directement sur les murs tendent à le confirmer, face Est et Nord du « donjon », puis Ouest sur l’autre tour. Longtemps les Lasseran ont possédé le château, déjà cités au début du XIVe, ils vendent à en 1736 à Gaspard de Maniban. Illico des travaux sont entrepris qui cessent aussi rapidement, le marquis étant devenu impécunieux. Ainsi délaissé le château n’est plus habitable. Depuis Mansencome vous apercevrez Lagardère au sud et le Tauzia au nord. R.C.

 

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Tauzia 2010 France (Gers)

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La Gascogne transpire le bonheur, idée idyllique contemporaine véhiculée par des paysages de cartes postales, où des stars gavées de bonnes chères arpentent des marchés rebondis de riches victuailles. L’apparition du Tauzia au travers d’une haie de verdure au détour d’un virage en rajoute une pincée, pourtant sa construction à la fin du XIIIe siècle révèle l’histoire mouvementée de la région du XIIe au XVe. Rappelons la douloureuse union de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine qui dura tout de même 15 années de 1137 à 1152. La belle, d’une intelligence supérieure, supportait difficilement son pataud catho d’époux, en cultivant un goût prononcé pour le pouvoir. Evincée des affaires, elle parvient néanmoins à participer à une croisière en méditerranée à destination d’Antioche puis de Jérusalem Palestine. Pendant l’excursion, de mauvaises langues lui prêtèrent des relations adultérines, à son retour le couple se déchire. In fine, un lien de parenté avérée par l’église officialise la possibilité d’un divorce. Séparation en 1152, Aliénor à 32 ans, retour à Bordeaux, elle s’entiche d’Henri Plantagenêt d’Anjou et de Normandie, en principal roi d’Angleterre. L’Aquitaine, de Poitiers aux Pyrénées, devient Anglaise en 1154, une épine de taille pénètre dans la sandale du royaume. Après avoir donné deux filles à Louis, elle offre encore six enfants à Henri, dont Richard dit Cœur de Lion, elle décède en 1204, à 82 ans ! Heureusement pour Louis, au terme de deux autres mariages, il donne un demi-frère à Richard, Philippe II dit Auguste, la bataille peut commencer. Ca va durer 200 ans, en Gascogne les comtes d’Armagnac chassent définitivement les Anglais en 1377. La construction des châteaux dits gascons fait suite au traité d’Amiens en 1279 qui redonne aux Anglais l’Agenais dont le Condomois. Ces derniers pas très sûrs de leurs positions, mandatent les seigneurs locaux, qui leur rendaient allégeance, pour édifier des postes de guet aux limites de leurs prérogatives. Ainsi naquirent de grosses et hautes maisons fortes dans lesquelles certains voient l’influence des constructions bien parallélépipédiques d’outre-Manche. Sur une ligne de 50 à 60 km vous découvrirez Sainte-Mère au Nord, à vue du Tauzia Mansencome, avec en intervisibilité Lagardère. Vous trouverez également beaucoup de similitudes au château du village fortifié de Larressingle, vers l’ouest. Tous ces forts n’étaient pas systématiquement en territoire anglais, lequel a fait école ? Outre l’aspect massif et ramassé, d’autres détails sont flagrants de ressemblance ; les belles archères cruciformes à terminaison pattée, la présence de deux tours seulement, la hauteur très élevée de la muraille, au Tauzia 24 m pour 14 à la courtine, un appareil très soigné de pierres calcaire, ici l’assemblage du remplissage est un mortier et non de la terre. Enfin, toutes ces demeures ne semblaient pas posséder d’autres systèmes défensifs que leurs hauts murs presque aveugles, un portail d’accès surélevé et certainement un crénelage sur le couronnement des tours. Sur leurs terres, vers 1288 au Tauzia, les Barbazan édifient pour le compte des Anglais. En dépit des vicissitudes d’occupation, durant 200 années, la famille tente de demeurer fidèle aux Armagnacs : départ anglais en 1325, puis retour en 1360 et abandon définitif en 1377 lorsque Dugesclin s’en mêle. Fin du XVe, après plusieurs mains dont les Astarac et les comtes de Foix, le Tauzia avec ses terres sont cédés à Jean de Marestang en 1479. Sa longue descendance entreprend de transformer le poste de garnison en une demeure habitable : percement d’une porte dans la tour, ouvertures sur la façade méridionale, construction d’une tour d’escalier polygonale. En 1640, nouvelle vente à la famille de l’Ebéron qui ne l’habite pas, prémices de l’abandon qui s’ensuit. Un incendie ruine le château au XVIIe, il n’est pas reconstruit, la tour d’escalier est démolie au XIXe. Il demeure dans la propriété des de la Forcade du Pin de 1710 à 1953, qui conservent une ruine pour un titre de noblesse supplémentaire. Le Tauzia se distingue par l’élégance et la variété des sculptures qui ornent ses grandes baies gothiques percées au début du XVIe. Les retombées des modénatures qui les soulignent se terminent par des culs-de-lampe figurant des visages d’une grande finesse. Dernier constat, en circulant autour de la muraille, aucune pierre ne jonche le sol, pourtant il en existe de nombreuses branlantes à 24 m, le propriétaire âgé de 80 ans, ne se remémore pas en avoir ramassé, il est né dans la ferme aux pieds du château. Aucune source n’alimente le coteau d’Augé, dixit ce charmant monsieur, il existerait à l’intérieur un puits qui descendrait à 30 m ensuite une galerie mènerait jusqu’à la Baïse. Maignaut Tauzia est 8 km au sud de Condom. R.C.

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Saulxure sur Moselotte France (vosges) 1986 – 2011

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Succession difficile; à peine plus de 100 années distancent la fin des travaux en 1861, du dépeçage en 1970. Depuis longtemps le château ne s’ouvrait plus qu’à la belle saison, pas souvent rieuse dans la vallée encaissée de la Moselotte. Les Vosges ne s’illustrent pas pour leur richesse et leur douceur de vivre au XIXe siècle, un habitat disséminé, exclusivement agricole, occupe les côtes et les fonds de vallée. Jusqu’au milieu du siècle, les ordres religieux tiennent encore la dragée haute, mais l’industrialisation progresse en favorisant une classe de petits tisserands qui profitent du contexte de délocalisation de la production. Rapidement, ils amassent des fortunes confortables au profit d’une main d’œuvre bon marchée, endormie par des œuvres sociales. Ils bâtissent villages écoles, cités ouvrières, salles des fêtes, routes, églises, usines, en se gardant d’afficher un luxe ostentatoire pour leurs grosses demeures à la simplicité biblique. Un profil bas dont les Gehin s’abstiennent, établie depuis 1825 la manufacture profite grassement au fondateur, surtout à sa femme. Lorsqu’en 1854 débutent les travaux, le patron, épuisé par une vie de labeur, repose en terre depuis déjà 10 années. Ses fils dilettantes se sont enfuis à paris, la veuve restée dans la vallée rêve de Versailles et décide de construire le château. Il s’agit de bien plus qu’une demeure bourgeoise néo classique, à l’instar de celles des potentats voisins. L’allure du bâti est traditionnelle, un long quadrilatère avec des petits retours en L. L’architecte appartient au cru, l’affaire prend toute sa quintessence dans le détail et l’ornementation. De part et d’autre du corps principal, posées sur deux terrasses, des serres abritant des jardins d’hiver mènent à un billard et une bibliothèque. Deux dépendances : écuries et conciergerie sont reliées à l’ensemble par des grilles en fonte que ne renierait pas Jean Lamour, Sir Paxton aurait également apprécié l’hommage à son Cristal Palace pour les serres. Tout a disparu, les serres chauffées par l’usine furent démontées dès 1914 puis entre les deux guerres, quant aux grilles, leur fonte fut récupérée en 1978. Heureusement, les cariatides et atlantes qui supportent l’encorbellement côté parc demeurent en place. Elles soutiennent doublement la bâtisse, au propre comme élément structurant et décoratif majeur, au figuré par leur classement à l’inventaire. Sans ces quatre œuvres du sculpteur d’empire Georges Clère, la bâtisse serait au tapis depuis longtemps. A noter également, tout le travail de statuaire sur les frontons et les linteaux, un programme remarquable qui trouve son pendant à l’intérieur, dans l’unité de l’ornementation et le choix du mobilier. Là aussi, la veuve paysanne fait preuve d’un goût très sûr, sa fortune et ses relations parisiennes n’y sont pas étrangères. On peut dire que les plus fameuses maisons et artisans d’art, également référencés chez Napoléon III, contribuèrent au lustre du « Versailles Vosgien ». A présent, le palais est une véritable ruine, lors de ma première visite en 86, la toiture recouvrait encore l’ensemble, mais l’eau passait, les lambris de la bibliothèque l’habillaient encore, des médaillons de taffetas éventrés garnissaient toujours certains murs du salon, la végétation dissimulait les façades, dans le parc trônait un pavillon façon chalet suisse. Aux dernières nouvelles, les gravats s’entassent entre les quatre murs, chacun se refile la patate chaude pour faire tomber les restes. Les éléments de la statuaire, classés depuis 1980, finiront placés dans une obscure réserve de musée. La ruine se trouve au centre du village. R.C.

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Montgoger 2009 France (Indre et Loire)

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Le beau décor de théâtre, derrière son rideau d’arbres, s’étale au sommet du plateau. Au premier plan, un parfait gazon magnifie la pâleur de la ruine de Montgoger. L’accès est protégé par une clôture, contentons nous d’arpenter la route en contrebas afin d’admirer la longue façade transpercée par les rayons du soleil. Les abords rutilent, portail repeint, route d’accès bordée de haies taillées, pelouses en rapport… Les communs du XIXe abritent des chambres d’hôtes ainsi que des espaces de réception. Fin de l’histoire en 1943, le dernier incendie imputé aux forces d’occupation ravage la dernière aile habitable. En 1883, un premier sinistre détruit une grande partie du château fraîchement restauré. La période révolutionnaire n’avait pas épargné pas la forteresse médiévale, des quatre tours rondes qui flanquent les trois corps de logis seules deux se maintiennent. Elles subsistent encore aujourd’hui, encadrant la façade classique. Progressivement, le château fort signalé dès le XIe s’est mué en une demeure de plaisance, des transformations sont citées aux XVe, XVIe, puis au XIXe juste avant l’incendie. Les premières constructions remarquables, datées du XIIIe, sont à l’actif des châtelains de sainte-Maure, ils conservent leur terre jusqu’à l’extrême fin du XVe. Louis XIII y passe, trouvant la demeure à son goût son commentaire est éloquent « une des plus belles maisons du royaume ». Ses dimensions et ses qualités architecturales n’y sont pas étrangères. N’ayant pas pu vérifier cette allégation, je me contente de la citer comme le ferait aujourd’hui une plateforme touristique du web collaboratif. En contrebas, vous remarquerez une mignarde petite tour bien restaurée, elle appartenait à la clôture Nord de l’enceinte du château. A côté, il se trouve un prieuré de Minimes commué en ferme puis en résidence. Il suffit certainement de réserver une chambre pour accéder aux ruines, que nos amis Anglais et Ecossais goûteraient avec délice. R.C.

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