Montpensier 2013 France (Vienne)

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Le Montpensier dont je parle se situe entre la Touraine et le Poitou près de Vézières. La tour est énorme, s’avance au milieu du champ, traînant derrière elle des moignons de constructions avec leurs arrachements. Démoli ou pas fini, un tout fort disgracieux, une laideur intéressante. Vestiges reconstruits récemment depuis le rachat en 1981 d’une ruine d’incendie en 1948, le château subissait une restauration. Les bâtiments d’habitation se prolongeaient de part et d’autre du donjon, il n’en subsiste plus qu’un petit tronçon. Docteur Jekill & Mr. Hyde selon votre goût, au nord pour la bestialité du Moyen-âge ou la gentilhommière renaissance côté Sud. La petite façade, s’efface derrière une monumentale tour d’escalier polygonale alourdit par son couronnement. Un imposant parallélogramme contenant une salle simplement accessible par une tourelle greffée au mur Ouest, comme une guette ou un pigeonnier, ce que j’ai lu. Le site ne se visite pas, la propriété est privée depuis l’allée. D’autres constructions sans intérêt particulier font office de communs. Le donjon, approximativement daté de la fin du XIIIe, se transforme en habitation avec le percement de quatre grandes fenêtres lors de la reconstruction du château à la fin du XVe. Au cœur du royaume la préoccupation défensive s’estompe au profit du décorum résidentiel, dans les régions plus frontalières les archères se muent encore en bouches à feu. A la fin du XIIIe, la seigneurie appartient encore à Vincent de Monpancier, elle passe 150 années avec les Bornand puis ils la cèdent aux Bourbon au XVe siècle. Vers 1466, Louis bâtard de bourbon s’illustre dans plusieurs batailles, il « parvient » en épousant une fille de Louis XI. Enrichi, il aménage son logis, l’arrangement du donjon vers 1480 se déroule sous son rôle. Il disparaît en 1488, la suite de l’histoire du château m’est inconnue jusqu’au début du XXe siècle. RC

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Haut-Koenigsbourg 2016 France (Alsace)

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Avertissement au lecteur : cet article est une uchronie, une interprétation de ce que pourrait être ce château aujourd’hui si…..

La longue construction s’étire sur son socle granitique, à plus de 730 m l’imposante forteresse impériale domine encore l’entrée du Val de Villé. Depuis plus de quatre siècles, Le plus fort et le plus gros des châteaux d’Alsace se laisse doucement digérer par la forêt de pins qui l’entoure, certains plus hardis ont pris racines sur les hautes murailles. Quelques touristes courageux empruntent le sentier du Club Vosgien pendant une bonne heure en sous bois. Bravant le risque de se fouler une cheville, ils parcourent cet immense pierrier pour admirer cette longue courtine toujours dressée à plus de 10 m. Je m’y suis rendu plusieurs fois. La première, au terme d’une longue marche depuis le Hang au dessus de Saales, nous avions dormi dans la vallée, à La Vancelle, j’étais adolescent. La seconde fois, l’ascension s’est déroulée dans la brume, la couverture nuageuse très dense entourait le sommet, le vaisseau de pierres rose semblait pouvoir rejoindre La Lorraine. Lors de ma dernière virée sur la colline, j’ai parcouru l’éperon d’est en ouest pour visiter l’Oedenbourg ; à peine un jet de pierre le distance du gros bastion Ouest. Une belle pièce d’artillerie, les deux formidables tours barrent l’accès à l’éperon, tout est en état, la courtine qui les relie conserve une partie de ses corbeaux. A l’intérieur, des blocs jonchent le sol de la basse cour, des arbres y poussent, devant moi se dresse toujours l’imposante masse du palais qui enserre le donjon. Depuis le grand incendie d’octobre 1918, le site est resté fermé pendant plus de 30 ans, dans l’espoir d’une ultime reconstruction. Ouvert à tous les vents, entendu ceux du vandalisme, qui croirait à la restauration de Bodo Ebhardt de 1901 à 1908, Dix petites années de splendeurs et l’oubli revenu, à nouveau seuls dans la nuit et le brouillard, les blocs de grès libérés de leur appareil rejoignent pesamment la roche mère. Heureux Alsaciens allemands qui venez contempler la forteresse, aujourd’hui, remémorons-nous les images romantiques en arpentant ces ruines moyenâgeuses agrémentées du confort hygiéniste du XXe.
Pour celui qui ne connaîtrait pas l’histoire récente, confrontation perturbante sur le mur Est du donjon, où une succession de réservoirs de chasse d’eau côtoie une verticale de manteaux de cheminées du XVe, unis dans le délabrement. Toutes les superstructures en bois ont disparu, brulées récupérées. Pendant la seconde guerre mondiale, lors de l’épisode de la poche de Colmar, un groupe de Nazis s’y était installé. L’histoire se répète, un seigneur pillard s’était fait délogé en 1462 par les troupes de la coalition des villes de Bâle, Colmar et Strasbourg, le château est détruit. Repris par les Thierstein en 1479, les nouvelles fortifications s’adaptent à l’artillerie, construction du gros bastion Ouest, renforcement des courtines et élévation d’une seconde enceinte. Les imposants vestiges datent principalement de cette période, les ajouts décriés de la dernière restauration concernent simplement des détails dans l’aménagement intérieur ainsi que des éléments décoratifs qui accentuaient le romantisme médiéval. Fondus dans la masse ruinée, Ils appartiennent maintenant au Moyen-âge. Lorsque les Thierstein s’éteignent, perclus de dettes, l’empereur reprend le site et fait construire à l’est le Bastion en étoile. Les coûts d’entretien sonnent le glas de la forteresse, l’empereur s’en désintéresse, survient la Guerre de Trente ans, une pauvre garnison dans un château délabré résiste en vain pendant 52 jours. Un incendie achève le travail. La vieille histoire débutée au milieu du XIIe, avec Frédéric le Borgne, s’est poursuivie avec Frédéric Barberousse, puis avec le duc de Lorraine au XIIIe et les Ratsamhausen, jusqu’au XVe lorsque des seigneurs pillards investissent la place. Choix cornélien pour le Conseil Général du Haut Rhin qui a dû arbitrer pour la restauration du Holandsbourg, au détriment du Koenigsbourg. J’imagine aisément la configuration du site avec une route d’accès, des flux incessants d’automobiles et d’autocars dont le trafic est régulé par des feux tricolores… à 700m, en pleine forêt ! Il y aurait une buvette, un restaurant à la choucroute sans saveur et une guitoune pour le visitor center. R.C.

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Le livre : Châteaux oubliés et cités disparues / Sur les routes de l’Orient

Juin 2016 Nous sommes revenus d’un nouveau voyage, durant 15 jours nous avons sillonné la plaine de Cilicie et les montagnes du Taurus jusqu’au plateau anatolien. Pistes et sentiers pour rejoindre des ruines inconnues perchées sur des rochers ou dissimulées au fond d’étroites vallées.En voici un extrait illustré

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« 10 années de collectes, d’investigations, une niche dans un travail de fond entamé depuis plus d’une trentaine d’années : les châteaux, plutôt forts, surtout en ruine ! La France ne suffisant pas il fallait aller plus loin, là où je ne risquais pas de rencontrer des touristes et des animateurs déguisés en lépreux ou en chevaliers. En 2005 j’effectuais mon premier voyage en Cilicie (Turquie du sud-est), je tombais dans des paysages couronnés de ruines byzantines et médiévales, jamais fouillées et à peine recensées. Mêmes mes ruines alsaciennes me paraissaient fades. »

Un carnet de voyage qui se révèle aussi un guide, il vous emmène sur la route des croisades, à la découverte de l’éphémère royaume de la Petite Arménie, jusqu’aux rives de l’Euphrate et au-delà.
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Passy les tours 1993 France (Nièvre)

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A l’orée de la forêt de Bertranges, au sud de la Puisaye, Pouilly n’est pas loin, plus bas c’est Nevers, au delà du fleuve s’étend la Sologne, après Varzy, avant la Charité, dans la commune de Varennes les Narcy, git le hameau de Passy les Tours. Un coin perdu, tellement oublié que j’en avais omis le nom, au hasard de mes recherche j’ai retrouvé une photo semblable à la mienne, a priori 15 années séparent mon cliché de ce dernier, pourtant rien ne diffère. Enfin j’avais retrouvé le nom et la localisation de cette belle ruine engagée dans une généreuse végétation ! Il faut s’imaginer que ce que nous voyons aujourd’hui, certes la façade principale, ne représente que le quart Sud-Est des remparts. Inutile de vous préciser que je ne me rappelle plus de ma visite. Beaucoup de ronces. L’histoire commencerait au XIVe sur les fondations d’une ferme fortifiée pour s’achever pendant les guerres de religions en 1569, un incendie attribué aux troupes huguenotes installées autour de la Charité sur Loire.
Défensives, les premières occupations et fonctions du château restent liées aux vicissitudes de la Guerre de cent ans. La place fortifiée protège le comté de Nevers, l’importance de la construction, ainsi que les soins apportés à nombre de détails architecturaux permettent d’allouer cette résidence à un personnage doté d’un bon magot. Constat, à la fin du XIVe la seigneurie appartient à Jean de Chevenon, l’un des écuyers les plus riches du royaume. Vers 1420, Perrinet Gressart, un routier réputé l’occupe pour défendre la Charité, s’ensuit un long procès qui attribue la succession des Chevenon à Héliette Girard, au milieu du XVe. Le château demeure dans la famille jusqu’à son incendie. Le pillage ou le recyclage des pierres est parfaitement attribué et daté : 1642 constaté en état de ruine, prélèvement pour la construction du temple de Crot Guillot, détruit 40 ans plus tard au profit de l’Hôtel Dieu de la Charité, milieu du XIXe démolition de la tour Sud-Ouest pour l’édification d’un bâtiment agricole, 1860 construction d’une maison à Passy pour le compte du même exploitant agricole.
Le grand quadrilatère était parfait, flanqué de quatre grosses tours rondes à l’image de celle restante. Il subsiste la base de la Nord-Ouest dans les broussailles. La part des logis se concentre dans le quart Sud-Est dont une grande partie constitue les ruines actuelles. Sur la face Sud, la tour porche orné de deux tourelles en encorbellement protège un passage voûté donnant l’accès à une vaste basse cour, les étages des logis sont desservis par une tour d’escalier hexagonale. Les ouvertures, le traitement des modénatures des fenêtres, les mâchicoulis ostentatoires, les supports de tourelles et d’échauguettes évoquent déjà la fin d’une époque, appelant celle des premiers châteaux forts résidence de Louis d’Orléans à Pierrefonds ou à la Ferté Milon. Tous les artifices militaires sont en place, donjon porte, hautes courtines, tours ressorties, archères, douves en eau alimentée par un ruisseau. Implanté en contrebas du village le château était entouré de terres marécageuses. R.C.

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Binans 2011 France (Jura)

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Dans le hameau de Binans les fermes sont posées sur le gazon, des allées de bitume serpentent, bordées de haies taillées au cordeau. Ce décor mignard repose sur un petit bout de plateau, un terminus écarté des voies de circulation. Qui soupçonne une forteresse sur ce pan rocheux qui émerge à peine de la vaste forêt ? Sur la crête, une double enceinte, les vestiges d’un grand fossé entièrement maçonné, deux grosses tours, les restes dégagés d’un escalier apparat. Une ruine abandonnée, soigneusement camouflée par un épais sous-bois. Acculé au bord de la falaise, le point de vue sur la petite vallée et ses alentours permettait certainement une intervisibilité avec le château de Beauregard à deux kilomètres. A contrario du nid d’aigle à la fameuse échauguette, Binans est un fort de garnison pouvant contenir dans l’enclos de sa première enceinte toute la population des villages voisins. En 1638, les habitants de Conliège s’y réfugient alors que Lons le Saunier subit un long siège. Ultime point défensif sur la fameuse ligne pénétrante vers le duché de Bourgogne depuis la Suisse ; accroché sur le flanc Est de la Côte de la Heute le château culmine à 630 m. Sans élément précis sur sa fondation, de ma connaissance des fortifications voisines et de leur similitude d’appareillage, je m’engagerais sur le XIIe. Difficile de discerner les étapes de la construction, la partie visible émergente, peut être la maison, qui ne possède pas de murs très épais, pourrait dater du XVe. Il y avait un donjon à l’origine, certainement dans la quart Sud-ouest de la partie Nord, la plus ancienne. La portion Sud, vraisemblablement postérieure, semble s’adapter à des conditions de vie plus résidentielle, c’est au milieu des gravats que se trouve l’escalier en colimaçon, dénotant le luxe par la qualité de la taille des pierres. A quelques mètres reste le trou béant d’une petite citerne. Dans les vestiges chancelants de l’ancienne maison forte, voir un bel arc surbaissé et les arrachements du manteau d’une cheminée. Le plan de fortification est remarquable, trois lignes successives de murs, dont le fossé carapaçonné, devaient dissuader d’éventuels assaillants. L’emprise au sol, considérable, le demeure encore aujourd’hui, en cheminant dans le sous bois surgissent les vestiges éparpillés. Sur le front exposé, deux tours massives en fer à cheval terminaient la muraille, très ruinées, leur forme et leur puissance en imposent toujours. Bien heureusement, la commune de Publy et certainement un club d’amateurs nous gratifient d’une borne accompagnée d’un panneau d’information, mais sans fléchage d’accès. Il se prend depuis la chapelle, via un chemin qui suit l’élévation à flanc de coteau. Contemporaine de Beauregard dans l’infortune du démantèlement et de la ruine, en 1668 la place tombe lors de l’incursion Franc Comtoise des armées de Louis XIV menées par Condé lors de la guerre de Dévolution contre les Pays-Bas. R. C

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Beauregard 2011 France (jura)

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Le site, à cheval sur une crête de la Côte de Heute, est une divine surprise. En remontant vers Lons depuis Clairvaux les Lacs sa silhouette se découpe à flanc de montagne au dessus de la forêt. Eloignée d’axes routiers, la situation actuelle ne reflète plus la position stratégique du XIIIe siècle. J’ai déjà glosé dans mes commentaires sur les châteaux du Jura sur cette ligne pénétrante, depuis la Suisse vers le duché de Bourgogne. Une ligne de crête hérissée de petits forts : Onoz, la Tour du Meix, Couterrez, à présent Beauregard et enfin Binans. Hormis, la tour du Meix qui surplombe le village, les quatre autres sont dissimulés en pleine forêt, à peine visibles, tous aussi peu accessibles. A Beauregard, la municipalité de Publy s’est fendue d’un panneau d’information planté à la croisée de deux chemins au milieu des bois. Paradoxalement, l’accès depuis Publy n’est pas fléché, pour y parvenir j’ai emprunté un chemin carrossable, l’ancienne voie qui longeait la ligne de crête et reliait la vallée de l’Ain à Lons le Saunier. La place jalonnait également une voie nord/sud vers Lyon. La quête du fort se mérite, depuis le site plusieurs chemins balisés s’éparpillent dans les sous-bois, en empruntant le sentier de crête tu finiras par tomber dessus, cela m’a demandé une bonne heure en procédant ainsi. Une première apparition fugitive du mur d’enceinte, puis en surplomb, perché sur une éminence rocheuse, le gros donjon. Il s’agit d’une tour d’habitation qui occupe toute la sommité, sa forme trapézoïdale épouse le rocher. Tout y est : une latrine, des meurtrières, des baies romanes nantis de coussièges, un passage aménagé dans l’épaisseur du mur, des cheminées et une tour de guet posée en encorbellement. Un fameux accessoire architectonique propulsé en avant comme une figure de proue. Si l’élément a du sens en tant que guette, sa construction soignée, ainsi que sa position dans l’axe de l’arête de l’éperon, valorisait surtout la morgue et le bon goût de son propriétaire. L’encorbellement en couronnes concentriques qui supporte la tourelle se poursuit également à l’intérieur. Sur le même axe diagonal, à l’opposé, un autre dispositif, cette fois triangulaire, pouvait peut-être supporter un autre édicule. Faire le tour de la butte est plutôt malaisé, d’autant que le flanc ouest est très escarpé, ce faisant la balade révèle des vestiges de murs d’enceinte. Au pied du rocher, sous la façade Est, il existait une basse-cour de 15 m sur 30, sa muraille est encore en place. La note d’information sur le panneau, mentionne une maison forte dont il ne reste aucune trace. Elle nous communique une brève histoire du site. Un établissement au Xe siècle, mandaté par la famille de Coligny, les ruines que nous contemplons attestent de remaniements ou ajouts jusqu’au XIVe. Lors du passage de Louis XI en 1479 le château a dû subir quelques assauts, il est définitivement démantelé puis détruit par les troupes de Louis XIV en 1668. Un jour la grosse échauguette tombera, il en est déjà tombé de beaux morceaux au XXe siècle, ainsi finissent les châteaux dans les bois. R.C.

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Pflixbourg 2011 France (Alsace)

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Vraisemblablement le plus intéressant sur la route des 5 châteaux, évitez soigneusement le Hohlandsbourg, passez rapidement au Haut Eguisheim. De ce château, l’inattentif ne retiendrait qu’une énorme tour ronde visible à des lieues à la ronde. Tout l’intérêt se porte à ses pieds, le château est posé sur une éminence, un fossé taillé dans le rocher protégeait une haute muraille, toujours en place elle abritait au moins deux niveaux d’habitation. Hormis la tour régulièrement restaurée, l’ensemble est gagné par la végétation, toutefois le fossé reste praticable, laissant entrevoir une contrescarpe maçonnée, mais pas les jolies baies romanes du palais. Seulement visibles depuis l’intérieur, cette succession d’ouvertures date assurément du XIIIe, certaines conservent leur forme à deux lancettes, mais les colonnettes centrales ont disparu. Le niveau inférieur pouvait compter une cuisine, sûrement des salles de stockage éclairées par ouverture aux embrasures étroites. L’entrée est un paradoxe invitant à une pénétration cérémoniale dans la cour. Elle se pratique sur un large plan incliné entre deux élégants replis de muraille en signifiant un défilé. Décidément les angles en courbe sont à la mode (voir le logis du Wahlenbourg à 3 km). Au pied la tour, il existe, bien verrouillée, une grande citerne semi-enterrée. Le donjon rond, culminant à plus de 20 m avec un diamètre de 9, reflète la particularité du Pflixbourg. Ce concept architectural pourrait justifier l’information erronée du panneau indicateur datant le site du XVe. L’inspiration viendrait d’outre Rhin, de Thuringe plus exactement, où les tours maîtresses deviennent rondes suivant la mode orientaliste. Une forme rare en Alsace, plutôt habituée à la rigidité trapézoïdale des donjons romans, en revanche ses dispositifs de défense sont similaires, peu ou pas d’ouvertures et un accès à mi hauteur.
Sur ce même massif, les trois sites distants de quelques kilomètres reflètent assez bien le morcellement inhérent au féodalisme alsacien. Au Haut Eguisheim, les comtes en titre du lieu possèdent d’autres et nombreuses seigneuries, au Hohlandsbourg l’alliance se situe du côté Ribeaupierre, enfin le Pflixbourg, le plus récent, fondé par l’empereur Frédéric II illustre ce que certains nomment le renouveau des châteaux au XIIIe siècle. L’Alsace se partage selon trois influences : les Hohenstaufen, les Dabo Eguisheim, puis le parti de l’évêque de Strasbourg, chacun souhaitant contrôler chaque entrée de vallées vosgiennes ou des parcelles du territoire, toutes imbriquées les unes dans les autres. Rares sont les périodes de paix, d’importantes troupes peuvent être amener à séjourner à l’intérieur de grosses enceintes tel le Pflixbourg, le nouveau Guirbaden ou encore le Wangenburg. Des « châteaux casernes » depuis lesquels rayonnent des troupes de cavaliers. Etabli pour défendre la ville de Colmar vers 1210 et la passe de Munster vers la Lorraine, la forteresse demeure dans le giron de l’empereur. Un conflit de châtelains en 1446 tourne au vinaigre : les Hattstatt inféodés au fief, contre les Ribeaupierre nouveaux acquéreurs. Personne n’emporte le morceau qui brûle, il ne semble pas avoir été reconstruit. La première restauration daterait de 1869. R.C.

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