Le livre : Châteaux oubliés et cités disparues / Sur les routes de l’Orient

A paraitre le 10 mai

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« 10 années de collectes, d’investigations, une niche dans un travail de fond entamé depuis plus d’une trentaine d’années : les châteaux, plutôt forts, surtout en ruine ! La France ne suffisant pas il fallait aller plus loin, là où je ne risquais pas de rencontrer des touristes et des animateurs déguisés en lépreux ou en chevaliers. En 2005 j’effectuais mon premier voyage en Cilicie (Turquie du sud-est), je tombais dans des paysages couronnés de ruines byzantines et médiévales, jamais fouillées et à peine recensées. Mêmes mes ruines alsaciennes me paraissaient fades. »

Un carnet de voyage qui se révèle aussi un guide, il vous emmène sur la route des croisades, à la découverte de l’éphémère royaume de la Petite Arménie, jusqu’aux rives de l’Euphrate et au-delà.
340 pages d’aventure, d’histoire, d’archéologie, illustrées de dessins originaux, de photos et de textes augmentés de centaines de photos légendées disponibles simultanément en ligne.
Au coeur de la Turquie moderne… lire la suite

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Passy les tours 1993 France (Nièvre)

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A l’orée de la forêt de Bertranges, au sud de la Puisaye, Pouilly n’est pas loin, plus bas c’est Nevers, au delà du fleuve s’étend la Sologne, après Varzy, avant la Charité, dans la commune de Varennes les Narcy, git le hameau de Passy les Tours. Un coin perdu, tellement oublié que j’en avais omis le nom, au hasard de mes recherche j’ai retrouvé une photo semblable à la mienne, a priori 15 années séparent mon cliché de ce dernier, pourtant rien ne diffère. Enfin j’avais retrouvé le nom et la localisation de cette belle ruine engagée dans une généreuse végétation ! Il faut s’imaginer que ce que nous voyons aujourd’hui, certes la façade principale, ne représente que le quart Sud-Est des remparts. Inutile de vous préciser que je ne me rappelle plus de ma visite. Beaucoup de ronces. L’histoire commencerait au XIVe sur les fondations d’une ferme fortifiée pour s’achever pendant les guerres de religions en 1569, un incendie attribué aux troupes huguenotes installées autour de la Charité sur Loire.
Défensives, les premières occupations et fonctions du château restent liées aux vicissitudes de la Guerre de cent ans. La place fortifiée protège le comté de Nevers, l’importance de la construction, ainsi que les soins apportés à nombre de détails architecturaux permettent d’allouer cette résidence à un personnage doté d’un bon magot. Constat, à la fin du XIVe la seigneurie appartient à Jean de Chevenon, l’un des écuyers les plus riches du royaume. Vers 1420, Perrinet Gressart, un routier réputé l’occupe pour défendre la Charité, s’ensuit un long procès qui attribue la succession des Chevenon à Héliette Girard, au milieu du XVe. Le château demeure dans la famille jusqu’à son incendie. Le pillage ou le recyclage des pierres est parfaitement attribué et daté : 1642 constaté en état de ruine, prélèvement pour la construction du temple de Crot Guillot, détruit 40 ans plus tard au profit de l’Hôtel Dieu de la Charité, milieu du XIXe démolition de la tour Sud-Ouest pour l’édification d’un bâtiment agricole, 1860 construction d’une maison à Passy pour le compte du même exploitant agricole.
Le grand quadrilatère était parfait, flanqué de quatre grosses tours rondes à l’image de celle restante. Il subsiste la base de la Nord-Ouest dans les broussailles. La part des logis se concentre dans le quart Sud-Est dont une grande partie constitue les ruines actuelles. Sur la face Sud, la tour porche orné de deux tourelles en encorbellement protège un passage voûté donnant l’accès à une vaste basse cour, les étages des logis sont desservis par une tour d’escalier hexagonale. Les ouvertures, le traitement des modénatures des fenêtres, les mâchicoulis ostentatoires, les supports de tourelles et d’échauguettes évoquent déjà la fin d’une époque, appelant celle des premiers châteaux forts résidence de Louis d’Orléans à Pierrefonds ou à la Ferté Milon. Tous les artifices militaires sont en place, donjon porte, hautes courtines, tours ressorties, archères, douves en eau alimentée par un ruisseau. Implanté en contrebas du village le château était entouré de terres marécageuses. R.C.

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Binans 2011 France (Jura)

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Dans le hameau de Binans les fermes sont posées sur le gazon, des allées de bitume serpentent, bordées de haies taillées au cordeau. Ce décor mignard repose sur un petit bout de plateau, un terminus écarté des voies de circulation. Qui soupçonne une forteresse sur ce pan rocheux qui émerge à peine de la vaste forêt ? Sur la crête, une double enceinte, les vestiges d’un grand fossé entièrement maçonné, deux grosses tours, les restes dégagés d’un escalier apparat. Une ruine abandonnée, soigneusement camouflée par un épais sous-bois. Acculé au bord de la falaise, le point de vue sur la petite vallée et ses alentours permettait certainement une intervisibilité avec le château de Beauregard à deux kilomètres. A contrario du nid d’aigle à la fameuse échauguette, Binans est un fort de garnison pouvant contenir dans l’enclos de sa première enceinte toute la population des villages voisins. En 1638, les habitants de Conliège s’y réfugient alors que Lons le Saunier subit un long siège. Ultime point défensif sur la fameuse ligne pénétrante vers le duché de Bourgogne depuis la Suisse ; accroché sur le flanc Est de la Côte de la Heute le château culmine à 630 m. Sans élément précis sur sa fondation, de ma connaissance des fortifications voisines et de leur similitude d’appareillage, je m’engagerais sur le XIIe. Difficile de discerner les étapes de la construction, la partie visible émergente, peut être la maison, qui ne possède pas de murs très épais, pourrait dater du XVe. Il y avait un donjon à l’origine, certainement dans la quart Sud-ouest de la partie Nord, la plus ancienne. La portion Sud, vraisemblablement postérieure, semble s’adapter à des conditions de vie plus résidentielle, c’est au milieu des gravats que se trouve l’escalier en colimaçon, dénotant le luxe par la qualité de la taille des pierres. A quelques mètres reste le trou béant d’une petite citerne. Dans les vestiges chancelants de l’ancienne maison forte, voir un bel arc surbaissé et les arrachements du manteau d’une cheminée. Le plan de fortification est remarquable, trois lignes successives de murs, dont le fossé carapaçonné, devaient dissuader d’éventuels assaillants. L’emprise au sol, considérable, le demeure encore aujourd’hui, en cheminant dans le sous bois surgissent les vestiges éparpillés. Sur le front exposé, deux tours massives en fer à cheval terminaient la muraille, très ruinées, leur forme et leur puissance en imposent toujours. Bien heureusement, la commune de Publy et certainement un club d’amateurs nous gratifient d’une borne accompagnée d’un panneau d’information, mais sans fléchage d’accès. Il se prend depuis la chapelle, via un chemin qui suit l’élévation à flanc de coteau. Contemporaine de Beauregard dans l’infortune du démantèlement et de la ruine, en 1668 la place tombe lors de l’incursion Franc Comtoise des armées de Louis XIV menées par Condé lors de la guerre de Dévolution contre les Pays-Bas. R. C

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Beauregard 2011 France (jura)

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Le site, à cheval sur une crête de la Côte de Heute, est une divine surprise. En remontant vers Lons depuis Clairvaux les Lacs sa silhouette se découpe à flanc de montagne au dessus de la forêt. Eloignée d’axes routiers, la situation actuelle ne reflète plus la position stratégique du XIIIe siècle. J’ai déjà glosé dans mes commentaires sur les châteaux du Jura sur cette ligne pénétrante, depuis la Suisse vers le duché de Bourgogne. Une ligne de crête hérissée de petits forts : Onoz, la Tour du Meix, Couterrez, à présent Beauregard et enfin Binans. Hormis, la tour du Meix qui surplombe le village, les quatre autres sont dissimulés en pleine forêt, à peine visibles, tous aussi peu accessibles. A Beauregard, la municipalité de Publy s’est fendue d’un panneau d’information planté à la croisée de deux chemins au milieu des bois. Paradoxalement, l’accès depuis Publy n’est pas fléché, pour y parvenir j’ai emprunté un chemin carrossable, l’ancienne voie qui longeait la ligne de crête et reliait la vallée de l’Ain à Lons le Saunier. La place jalonnait également une voie nord/sud vers Lyon. La quête du fort se mérite, depuis le site plusieurs chemins balisés s’éparpillent dans les sous-bois, en empruntant le sentier de crête tu finiras par tomber dessus, cela m’a demandé une bonne heure en procédant ainsi. Une première apparition fugitive du mur d’enceinte, puis en surplomb, perché sur une éminence rocheuse, le gros donjon. Il s’agit d’une tour d’habitation qui occupe toute la sommité, sa forme trapézoïdale épouse le rocher. Tout y est : une latrine, des meurtrières, des baies romanes nantis de coussièges, un passage aménagé dans l’épaisseur du mur, des cheminées et une tour de guet posée en encorbellement. Un fameux accessoire architectonique propulsé en avant comme une figure de proue. Si l’élément a du sens en tant que guette, sa construction soignée, ainsi que sa position dans l’axe de l’arête de l’éperon, valorisait surtout la morgue et le bon goût de son propriétaire. L’encorbellement en couronnes concentriques qui supporte la tourelle se poursuit également à l’intérieur. Sur le même axe diagonal, à l’opposé, un autre dispositif, cette fois triangulaire, pouvait peut-être supporter un autre édicule. Faire le tour de la butte est plutôt malaisé, d’autant que le flanc ouest est très escarpé, ce faisant la balade révèle des vestiges de murs d’enceinte. Au pied du rocher, sous la façade Est, il existait une basse-cour de 15 m sur 30, sa muraille est encore en place. La note d’information sur le panneau, mentionne une maison forte dont il ne reste aucune trace. Elle nous communique une brève histoire du site. Un établissement au Xe siècle, mandaté par la famille de Coligny, les ruines que nous contemplons attestent de remaniements ou ajouts jusqu’au XIVe. Lors du passage de Louis XI en 1479 le château a dû subir quelques assauts, il est définitivement démantelé puis détruit par les troupes de Louis XIV en 1668. Un jour la grosse échauguette tombera, il en est déjà tombé de beaux morceaux au XXe siècle, ainsi finissent les châteaux dans les bois. R.C.

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Pflixbourg 2011 France (Alsace)

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Vraisemblablement le plus intéressant sur la route des 5 châteaux, évitez soigneusement le Hohlandsbourg, passez rapidement au Haut Eguisheim. De ce château, l’inattentif ne retiendrait qu’une énorme tour ronde visible à des lieues à la ronde. Tout l’intérêt se porte à ses pieds, le château est posé sur une éminence, un fossé taillé dans le rocher protégeait une haute muraille, toujours en place elle abritait au moins deux niveaux d’habitation. Hormis la tour régulièrement restaurée, l’ensemble est gagné par la végétation, toutefois le fossé reste praticable, laissant entrevoir une contrescarpe maçonnée, mais pas les jolies baies romanes du palais. Seulement visibles depuis l’intérieur, cette succession d’ouvertures date assurément du XIIIe, certaines conservent leur forme à deux lancettes, mais les colonnettes centrales ont disparu. Le niveau inférieur pouvait compter une cuisine, sûrement des salles de stockage éclairées par ouverture aux embrasures étroites. L’entrée est un paradoxe invitant à une pénétration cérémoniale dans la cour. Elle se pratique sur un large plan incliné entre deux élégants replis de muraille en signifiant un défilé. Décidément les angles en courbe sont à la mode (voir le logis du Wahlenbourg à 3 km). Au pied la tour, il existe, bien verrouillée, une grande citerne semi-enterrée. Le donjon rond, culminant à plus de 20 m avec un diamètre de 9, reflète la particularité du Pflixbourg. Ce concept architectural pourrait justifier l’information erronée du panneau indicateur datant le site du XVe. L’inspiration viendrait d’outre Rhin, de Thuringe plus exactement, où les tours maîtresses deviennent rondes suivant la mode orientaliste. Une forme rare en Alsace, plutôt habituée à la rigidité trapézoïdale des donjons romans, en revanche ses dispositifs de défense sont similaires, peu ou pas d’ouvertures et un accès à mi hauteur.
Sur ce même massif, les trois sites distants de quelques kilomètres reflètent assez bien le morcellement inhérent au féodalisme alsacien. Au Haut Eguisheim, les comtes en titre du lieu possèdent d’autres et nombreuses seigneuries, au Hohlandsbourg l’alliance se situe du côté Ribeaupierre, enfin le Pflixbourg, le plus récent, fondé par l’empereur Frédéric II illustre ce que certains nomment le renouveau des châteaux au XIIIe siècle. L’Alsace se partage selon trois influences : les Hohenstaufen, les Dabo Eguisheim, puis le parti de l’évêque de Strasbourg, chacun souhaitant contrôler chaque entrée de vallées vosgiennes ou des parcelles du territoire, toutes imbriquées les unes dans les autres. Rares sont les périodes de paix, d’importantes troupes peuvent être amener à séjourner à l’intérieur de grosses enceintes tel le Pflixbourg, le nouveau Guirbaden ou encore le Wangenburg. Des « châteaux casernes » depuis lesquels rayonnent des troupes de cavaliers. Etabli pour défendre la ville de Colmar vers 1210 et la passe de Munster vers la Lorraine, la forteresse demeure dans le giron de l’empereur. Un conflit de châtelains en 1446 tourne au vinaigre : les Hattstatt inféodés au fief, contre les Ribeaupierre nouveaux acquéreurs. Personne n’emporte le morceau qui brûle, il ne semble pas avoir été reconstruit. La première restauration daterait de 1869. R.C.

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Husseren Eguisheim 2011 France (Alsace)

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Parmi les 3 familles dominantes élevées au rang de comtes d’Alsace, il y a les Eguisheim alliés du parti pontifical dès le XIe siècle. Ils comptent un pape, Léon IX, dans leur lignée. Leur alliance avec les Dabo leur procure un vaste parc de seigneuries dont Eguisheim haut, Bernstein, Honack, Greifenstein, lutzelstein, Guirbaden, Ringelstein, Herrenstein, Ottrot, Rosheim, Thanvillé, grand Ribeaupierre… Cette domination sur la partie centrale de l’Alsace dure un peu moins de deux siècles, de l’an mil à la fin du XIIe, lorsque les Ferette étendent leur emprise vers le nord. A cette époque, la colline ne supporte qu’un seul castrum entouré d’une grande enceinte, proche des limites encore perceptibles aujourd’hui. Après la disparition de Gertrude de Dabo, bataille de succession au début du XIIIe entre l’évêque de Strasbourg et les Ferrette qui abandonnent leurs droits sur l’ensemble. Le site est partitionné en trois, les fossés se creusent. Les Habsbourg entrent dans le giron de Haut Eguisheim au début du XIVe et l’inféodent aux Nordgasse toujours voisins de palier de l’évêque. Les parties signent un accord de paix en 1343. A la disparition des Nordgasse, vers 1450, les Hattstatt héritent et réunissent le château du nord à celui du centre. Lors de la guerre des Six-Deniers, les seigneurs installés ne se trouvent pas dans la coalition qui monte, à savoir Mulhouse, dommage ! Après le brillant siège de 1466 les soldats tuent les quatre vaillants défenseurs, détruisent les logis et les courtines, laissant au temps sa mission d’abattre les trois donjons. Au terme de 545 années d’abandon et au moins deux restaurations, les trois totems dominent toujours l’un des plus beaux villages de France. La promenade prend l’allure d’une marche digestive pour des braillards enivrés de vin de pays, hélas le parking est proche des ruines. Considérant le plus beau village de France à ses pieds, évitez une excursion en fin de semaine… sinon l’affaire vire au parc d’attraction, sachant qu’à trois kilomètres plus loin se trouve aussi le Hohlandsbourg, une grosse buvette kitsch entourée de fortifications.
Pour les plus érudits, retenez les trois noms signifiant chaque château, dans l’ordre d’édification : autour du Wahlenbourg primitif (ou Mittelburg château du milieu), au nord le Dagsbourg allias Dabo puis au sud le Weckmund alias Vaudémont.
Plusieurs chemins mènent au site, vers le nord l’accès à la grande enceinte polygonale est moins entretenu, les traces d’un palais adossé à la courtine cohabitent avec des vestiges romains du IVe dont la filiation ne saute pas aux yeux. La tour du Dagsbourg est un grand monolithe dont l’accès s’effectue seulement à 10 mètres de hauteur. Autour de la belle porte surmontée de voussoirs bien appareillés vous remarquerez quatre corbeaux et un ressaut pour un ensemble qui supportait un ouvrage en bois. A peine un mur et un petit fossé séparent le Dagsbourg du Wahlenbourg. Accolé à la tour du castrum primitif, construit sur une base du XIIe, le nouveau logis daté du XIVe diffère de la rigueur romane par ses angles arrondis et ses grandes baies. Au sud, la tour parfaite du Weckmund, domine toute la plaine d’Alsace, la fin de l’éperon est barrée par un méchant fossé. Difficile de parcourir l’ensemble sans entendre des commentaires assez fantaisistes, L’état de restauration confère une bonne présentation, qui flatte le touriste amateur de saucisses, mais laisse coi le cumulard averti. Continuer vers le Plfixbourg sur la route des 5 châteaux, sans passer par la case Hohlandsbourg. R.C

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Pierre Percée 2011 France (Meurthe et Moselle)

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Aux confins de la Lorraine sur les premiers contreforts vosgiens, une barre gréseuse de 120 m supporte encore quelques chicots. Pauvres vestiges soigneusement préservés par leur propriétaire, l’ONF, heureusement l’extrémité Sud s’enorgueillit d’un vaillant donjon dans le plus pur style roman alsacien. Le nom de pierre percée proviendrait du fameux puits creusé sur le flanc Sud-ouest. Au milieu du XIIe la performance vaut tour de force, 30 m de profondeur pour un diamètre supérieur à 2 m. En réalité, le lieu s’appelait Langenstein, un patronyme auquel tiennent ses seigneurs. Le château est occupé et entretenu jusqu’au siège de 1636, ravagé par les troupes de B. de saxe Weimar, la guerre de trente ans bat son plein, villages châteaux, tombent ou brûlent. Les premiers actes datent du XIe, mais les principales constructions sont datées du XIIe. Les chroniques racontent l’histoire d’Agnès de Bar épouse du comte descendant, mort prématurément en 1110. Remariée à Hermann II, la seigneurie englobe Badonvillers et Blâmont. Hermann est un belliqueux, lié au Duc de Lorraine il se bât contre sa belle famille : le comte de Bar et l’évêque de Metz. En 1134, « mauvaise limonade », Hermann meurt devant Frouard pendant que l’évêque assiège Pierre Percée avec succès. Un siège long et couteux pour les assaillants, sur trois éminences voisines des forts auraient été dressés à dessein, des vestiges resteraient à Dame Galle. Agnès y perd un fils, Hermann III, Henri le cadet hérite du comté. A partir du XIVe, une simple garnison occupe la fortification, le château sert de caution au moindre déboire financier mais parvient à demeurer dans la lignée jusqu’au XVIIe siècle. Assez précisément, des campagnes de travaux sont relatées. Au XVIe, un état de délabrement avancé et avéré nécessite de gros travaux de boisage, planchers et charpentes. A l’annonce de nouveaux événements guerriers, en 1587, des interventions dopent les fortifications qui s’adaptent à l’artillerie : percement d’une canonnière près du pont-levis et adaptation des arquebusières. A cette occasion, d’autres travaux sont entrepris en prévision du renforcement de la garnison : la tour, le pont levis, la basse cour et des bâtiments de garnison. Les remaniements se poursuivent jusqu’en 1634, deux années plus tard, le siège funeste de 1636 annihile toute velléité de restauration. Le nouveau village de Pierre Percée, à flanc de colline, se trouve entre le lac et la longue barre du château. Réduit à quelques grosses fermes transformées en pôle d’accueil pour des touristes sportifs, c’est un havre de quiétude au printemps. En été, avec la proximité du lac, le grand parking doit se remplir, le château à peine 30 m au-dessus en profite également…
Les deux spots majeurs du site datent de l’époque d’Agnès (début du XIIe) : la tour donjon qui culminait à 13 m avec une emprise au sol de 8 x 8 m et l’amorce du forage du puits. L’agréable promenade périphérique aux pieds des blocs de grés offre de beaux panoramas sur le lac et sur un biotope vosgien caractérisé par la variété de ses essences. Sur la barre, encombrée par la végétation et des structures métalliques de prévention, la vue d’ensemble est souvent difficile.
Controversé, le lac de Pierre Percée mis en eau dans les années 1980 a retenu toute l’adversité des mouvements écolos lorrains, alsaciens et vosgiens. A chacun son Larzac, de nombreux rassemblements et fêtes populaires peuplées de jeunes chevelus ont animé des vallées aujourd’hui inondées. Depuis château, la vue rêvée sur l’étendue brillante cernée de forêts. Les guides touristiques pipotent en évoquant les lacs canadiens et nous feraient presque oublier les tracés des ingénieurs d’EDF. J’appartiens encore à cette génération qui se laissait pousser les cheveux et refusait l’énergie nucléaire.

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