Saulxure sur Moselotte France (vosges) 1986 – 2011

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Succession difficile; à peine plus de 100 années distancent la fin des travaux en 1861, du dépeçage en 1970. Depuis longtemps le château ne s’ouvrait plus qu’à la belle saison, pas souvent rieuse dans la vallée encaissée de la Moselotte. Les Vosges ne s’illustrent pas pour leur richesse et leur douceur de vivre au XIXe siècle, un habitat disséminé, exclusivement agricole, occupe les côtes et les fonds de vallée. Jusqu’au milieu du siècle, les ordres religieux tiennent encore la dragée haute, mais l’industrialisation progresse en favorisant une classe de petits tisserands qui profitent du contexte de délocalisation de la production. Rapidement, ils amassent des fortunes confortables au profit d’une main d’œuvre bon marchée, endormie par des œuvres sociales. Ils bâtissent villages écoles, cités ouvrières, salles des fêtes, routes, églises, usines, en se gardant d’afficher un luxe ostentatoire pour leurs grosses demeures à la simplicité biblique. Un profil bas dont les Gehin s’abstiennent, établie depuis 1825 la manufacture profite grassement au fondateur, surtout à sa femme. Lorsqu’en 1854 débutent les travaux, le patron, épuisé par une vie de labeur, repose en terre depuis déjà 10 années. Ses fils dilettantes se sont enfuis à paris, la veuve restée dans la vallée rêve de Versailles et décide de construire le château. Il s’agit de bien plus qu’une demeure bourgeoise néo classique, à l’instar de celles des potentats voisins. L’allure du bâti est traditionnelle, un long quadrilatère avec des petits retours en L. L’architecte appartient au cru, l’affaire prend toute sa quintessence dans le détail et l’ornementation. De part et d’autre du corps principal, posées sur deux terrasses, des serres abritant des jardins d’hiver mènent à un billard et une bibliothèque. Deux dépendances : écuries et conciergerie sont reliées à l’ensemble par des grilles en fonte que ne renierait pas Jean Lamour, Sir Paxton aurait également apprécié l’hommage à son Cristal Palace pour les serres. Tout a disparu, les serres chauffées par l’usine furent démontées dès 1914 puis entre les deux guerres, quant aux grilles, leur fonte fut récupérée en 1978. Heureusement, les cariatides et atlantes qui supportent l’encorbellement côté parc demeurent en place. Elles soutiennent doublement la bâtisse, au propre comme élément structurant et décoratif majeur, au figuré par leur classement à l’inventaire. Sans ces quatre œuvres du sculpteur d’empire Georges Clère, la bâtisse serait au tapis depuis longtemps. A noter également, tout le travail de statuaire sur les frontons et les linteaux, un programme remarquable qui trouve son pendant à l’intérieur, dans l’unité de l’ornementation et le choix du mobilier. Là aussi, la veuve paysanne fait preuve d’un goût très sûr, sa fortune et ses relations parisiennes n’y sont pas étrangères. On peut dire que les plus fameuses maisons et artisans d’art, également référencés chez Napoléon III, contribuèrent au lustre du « Versailles Vosgien ». A présent, le palais est une véritable ruine, lors de ma première visite en 86, la toiture recouvrait encore l’ensemble, mais l’eau passait, les lambris de la bibliothèque l’habillaient encore, des médaillons de taffetas éventrés garnissaient toujours certains murs du salon, la végétation dissimulait les façades, dans le parc trônait un pavillon façon chalet suisse. Aux dernières nouvelles, les gravats s’entassent entre les quatre murs, chacun se refile la patate chaude pour faire tomber les restes. Les éléments de la statuaire, classés depuis 1980, finiront placés dans une obscure réserve de musée. La ruine se trouve au centre du village. R.C.

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Montgoger 2009 France (Indre et Loire)

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Le beau décor de théâtre, derrière son rideau d’arbres, s’étale au sommet du plateau. Au premier plan, un parfait gazon magnifie la pâleur de la ruine de Montgoger. L’accès est protégé par une clôture, contentons nous d’arpenter la route en contrebas afin d’admirer la longue façade transpercée par les rayons du soleil. Les abords rutilent, portail repeint, route d’accès bordée de haies taillées, pelouses en rapport… Les communs du XIXe abritent des chambres d’hôtes ainsi que des espaces de réception. Fin de l’histoire en 1943, le dernier incendie imputé aux forces d’occupation ravage la dernière aile habitable. En 1883, un premier sinistre détruit une grande partie du château fraîchement restauré. La période révolutionnaire n’avait pas épargné pas la forteresse médiévale, des quatre tours rondes qui flanquent les trois corps de logis seules deux se maintiennent. Elles subsistent encore aujourd’hui, encadrant la façade classique. Progressivement, le château fort signalé dès le XIe s’est mué en une demeure de plaisance, des transformations sont citées aux XVe, XVIe, puis au XIXe juste avant l’incendie. Les premières constructions remarquables, datées du XIIIe, sont à l’actif des châtelains de sainte-Maure, ils conservent leur terre jusqu’à l’extrême fin du XVe. Louis XIII y passe, trouvant la demeure à son goût son commentaire est éloquent « une des plus belles maisons du royaume ». Ses dimensions et ses qualités architecturales n’y sont pas étrangères. N’ayant pas pu vérifier cette allégation, je me contente de la citer comme le ferait aujourd’hui une plateforme touristique du web collaboratif. En contrebas, vous remarquerez une mignarde petite tour bien restaurée, elle appartenait à la clôture Nord de l’enceinte du château. A côté, il se trouve un prieuré de Minimes commué en ferme puis en résidence. Il suffit certainement de réserver une chambre pour accéder aux ruines, que nos amis Anglais et Ecossais goûteraient avec délice. R.C.

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Beynes 2010 France (Yvelines)

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Au fond de sa cuvette, l’apparence est celle d’un encombrant monticule de pierres ou d’un monument écorché. Hormis sur le châtelet principal, tous les parements ont disparu. Dépeçage et recyclage font le beurre des Pontchartrin, propriétaires au XVIIIe. Jusqu’au début du siècle, la fortune avait souri à la forteresse qui, depuis la fin du XIe n’avait cessé de s’étendre et de se moderniser ; de la motte castrale avec son fortin en bois, aux élégants pavillons de Philibert de l’Orme. Toutefois l’allure médiévale maintenue en substructure ne cadrait plus vraiment avec les standards de l’époque des lumières. Beynes s’est empâté avec le temps, en voulant répondre au développement des armes. Au fil des siècles, les fortifications s’étoffent pour devenir un gros camembert sans cour intérieure, juste une allée traversant d’est en ouest qui relie deux châtelets. Premiers aménagements en dur au XIIe, construction d’une enceinte qui protège la motte, neuf tours semi cylindriques lui sont adjointes avant la fin du siècle. Plus basse, la seconde enceinte flanquée de tours borde un fossé dont la contrescarpe est maçonnée ; des dispositifs dignes d’un prince, voire royaux pour l’époque. La position du château défend le petit royaume des Capet, depuis la vallée de la Mauldre la Normandie anglaise est à deux pas, Philippe Auguste n’a pas encore récupéré les Andelys. Reprise des travaux au XVe, l’avènement de l’artillerie induit l’arasement du donjon avec la construction d’un logis, couverture des anciennes braies. Entre les deux enceintes court un couloir de casemates, surmonté d’un boulevard d’artillerie, enfin pour narguer les tirs des bombardes et couleuvrines l’ancien fossé s’élargit de 30 m. Annonce de temps meilleurs lors de la construction des deux pavillons renaissance sur le boulevard devenu une promenade. Ph de L’Orme s’y attelle, mandaté par Diane de Poitiers, propriétaire de Beynes en 1556 à la faveur de sa relation avec H II. De près et d’un peu moins, Beynes est mêlé au destin royal, depuis 998 avec Robert le Pieux, les Montfort du XIe au XIVe, avec le bref passage anglais pendant la Guerre de Cent ans. Au XVe, les Estouteville modernisent puis vendent au début du XVIe au chancelier de François 1er, ce dernier le récupère et l’offre à sa favorite. Retour dans le giron royal, don à Diane de la part d’H II. Il demeure dans la famille de Brézé jusqu’à une nouvelle vente au milieu du XVIIe, viennent Les Béthune, enfin les Pontchartrin en 1709. A la fin du XIXe, la famille d’Harrincourt hérite d’une ruine recouverte de lierre. La sauvegarde débute dans les années 60, elle n’en finit pas. L’intérieur du site, que je n’ai pu visiter, comporte de nombreux et riches détails éclairant sur l’évolution des systèmes défensifs. La barbacane, en plein milieu du fossé, distribue les deux accès du châtelet : aux pieds des murailles et au niveau de l’allée centrale, un seul pont la relie au sommet de la contrescarpe. Les neuf tours sont voûtées sur les deux premiers étages, le troisième est à ciel ouvert, particularité, aucune circulation interne. Il n’existe pas d’escalier, Les paliers sont exclusivement accessibles, soit par le couloir des casemates, par le boulevard ou le chemin de ronde. Vous remarquerez qu’il subsiste quelques belles arbalétrières/canonnières spécialement dessinées pour le tir avec des couleuvrines ou des petits canons. L’inventaire ne fait que commencer, rendez-vous sur place pour la suite. RC

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Olivet – Grimbosq 2010 France (Calvados)

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Le « château » éphémère, d’une résidence de petits seigneurs, fraîchement installée en Normandie. En provenance de l’Anjou, la famille porte le nom de Taisson. L’histoire se déroule au milieu du XIe ; Raoul, le père, à deux fils devenus ennemis. Raoul II, l’aîné, est installé à Mutrécy le village voisin, Erneis le cadet occupe l’éperon d’Olivet. Raoul reste le plus connu, essentiellement pour sa participation à la conjuration contre le jeune duc de Normandie, le futur Guillaume « Le Conquérant ». Ils seront défaits à Val lès Dunes en 1047. Les objets ainsi que les vestiges relevés lors des fouilles attestent d’une occupation qui ne s’éternise pas au-delà du XIe. A présent en pleine forêt, l’implantation ne reflète pas celle d’il y a presque mille ans, la vue depuis la tour contrôlait la vallée de l’Orne tout en dominant deux petites rivières confluentes, celle du Coupe-Gorge et du Grand Ruisseau. Une disposition classique avec un éperon barré protégé par un fossé, puis par une levée de terre. Dans une première basse-cour : la forge et l’écurie, au centre la motte artificielle défendue par un fossé circulaire, enfin au bout de la plateforme une seconde cour avec la partie résidentielle. Le site proposé à la visite est une reconstitution au coeur d’une zone touristique parfaitement aménagée, il est intelligible par tous les publics. L’affaire ne manque pas d’attrait, l’imagination peut travailler, les vestiges du XIe représentent surtout des travaux de terrassement : les fossés, le rempart de terre, la motte et les deux terrasses. Les fouilles ont permis l’exhumation de divers objets « aristocratiques » tels que : bijoux, pointes de flèches, éperons, pions de jeux. Quelques portions de murets de pierres sèches mises à jour parfaitement reconstituées donnent les bases des trois bâtiments de la basse-cour Nord, cuisine, chapelle et résidence, ces fondements supportaient un ouvrage en bois. Sur la butte centrale, juchée sur des pilotis, trônait la tour de guet en bois, reliée à la basse-cour résidentielle par un long plan incliné. Une pile centrale dont la base est toujours visible supportait l’ensemble. Controverse sans suite, une mention fait référence au titre de propriété d’un « châtelain d’Olivet » au XVIIe… L’analyse rapide des vestiges, l’absence d’élévations maçonnées ne prêchent pas pour une vie résidentielle et seigneuriale sur un pareil site à l’époque moderne.
En poursuivant la promenade dans la forêt de Grimboscq, à quelques kilomètres toujours en pleine forêt, les vestiges d’un autre château sont mentionnés sur certains plans et cartes. Il se trouve en bordure du GR 36 en direction du village de Grimboscq. Inutile de s’exciter, seul un œil averti peut déceler la levée de terre d’un mètre cinquante de haut qui forme un quadrilatère d’environ 25 mètres de côté. La surface est entièrement recouverte de ronces et de fougères, aucune trace de fouilles, nulles pierres ou éléments de maçonnerie, simplement un fossé bien taluté. L’état du terrassement est régulier, la plateforme centrale ne comporte pas de protubérance. Je n’ai trouvé aucune attribution, à peine l’évocation sur la localisation d’un site archéologique. L’endroit pourrait être contemporain d’Olivet, les Taisson s’appuyaient sur plusieurs ouvrages dans les environs. Le rempart de terre pouvait supporter une palissade de pieux flanquée de tours de guet. R.C.

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Vahga 2005-2008 Turquie (Cilicie)

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« Certains lieux excitent la curiosité et forcent l’admiration », ainsi se conterait le résumé d’un guide touristique évoquant Vahga… s’il en connaissait l’existence. Heureusement, personne ne parle de cette forteresse de montagne perdue dans un environnement qui ne plaisante pas. Un formidable château, à 1100 m, qui côtoie les premiers 2000 dans son environnement, un décor sans fioriture où l’aridité du vent colle aux pierres. Ni hasard, ni mégalomanie outrancière, le site occupe une place stratégique sur la route qui remonte en quête d’un col vers le plateau anatolien. Depuis le XIIe, il a vu se regrouper aux pieds de ses murailles une forte colonie arménienne. La montagne servait de premier refuge aux populations chassées de la plaine. Depuis Sis, sur la route du nord, Vahga fut à la fois l’ultime forteresse arménienne, une base de repli, et en 1144 un point d’appui pour la reconquête de la Cilicie. Quand les châteaux de plaine tombaient en quelques jours, le piton endura un siège de trois semaines, au terme duquel il fut décidé que l’histoire allait se terminer dans un pré en dessous du fort. Un tournoi opposerait directement champions Arméniens et Byzantins, ces derniers l’emportèrent. Cette défaite entraîna la chute du premier Levon en 1138, fin du premier rêve d’autonomie des Arméniens, Levon mourra emprisonné à Constantinople.  Les byzantins semblaient vraiment déterminés à récupérer le château du prince Koch Vassilia ou Gogh Vassil qui régna sur l’Euphratèse au tout début du XIIe.
Une vallée riche en monuments, avant d’emprunter la piste vers à la forteresse, sur l’autre versant de la vallée, un pont traverse le torrent, la route en terre finit dans un hameau au milieu duquel trône sur une butte des vestiges d’une construction en gros moellons, en bas à l’intersection un panneau indiquait le mot magique : « kale » (château en turque, prononcer kalé). En contrebas du vallon de Vahga, il subsiste à moins d’un kilomètre une église arménienne remarquable, sur le versant opposé en surplomb du château siège un autre édifice très ruiné à l’attribution floue, peut être une chapelle.
Sur le flanc Ouest du rocher, l’Est donnant sur des falaises, une « ville » s’étendait là depuis la fin du XIe, réduite à quelques pauvres fermes au début du XXe, consécutivement aux tragiques migrations des populations locales. Prenez une journée pour y parvenir et visiter le lieu, le chemin est long depuis Adana, heureusement le défilement de ce paysage montagnard compense largement le temps passé derrière des Toros (Renault 12 clonée) asthmatiques et fumantes. Traverser Sis (Kozan), sa citadelle inévitable me nargue avec pas moins de 44 tours, direction le nord. Cinq kilomètres après Feke, l’éperon du château domine la route, il paraît encore bien éloigné, il faudra au moins 20 bonnes minutes pour atteindre son contrefort. Utiliser une piste sur la gauche (fléchée) en assez mauvais état, mais elle reste praticable pour une voiture de tourisme. Le château trône sur son pog au-dessus des fermes. Fin de mon premier séjour en 2005, la nuit tombait sur Vahga.
Ma seconde visite en 2008 révèle que les murailles abritaient une toute communauté, ainsi qu’une velléité de préservation.
Berceau des Roupénides, au faîte de leur pouvoir au XIIe siècle, la forteresse se considérait comme un site majeur. Elle demeure aujourd’hui un endroit digne d’intérêt pour les Turcs avec un potentiel touristique indéniable, l’implantation, la fière allure d’un nid d’aigles ajoutée à l’état et à la qualité architecturale des vestiges prêchent pour une sauvegarde de l’ensemble. Une amorce est en cours avec l’installation d’une porte en métal censée restreindre l’accès à l’intérieur, des traces de consolidation autour du châtelet vont également dans ce sens. Après une courte marche d’approche pour parvenir au pied du rocher, un pan incliné se distingue de la pierraille, manifestement restauré, il t’amène facilement à la porte. Heureusement, le site est maintenu ouvert, en réalité la porte a été forcée. L’aventure peut commencer, lugubre, nous pénétrons dans une longue nef voûtée, supportée par quatre doubleaux en ogive. Un remarquable travail qui rappelle celui de l’entrée de la citadelle de Sis, attribuée aux Mamelouks. Il s’agit d’un véritable châtelet, avec ses chicanes et ses tours il défendait le passage vers le niveau intermédiaire. Aux pieds des enrochements du second plan, la petite plateforme sous la tour polygonale devient accessible par un petit escalier depuis le couloir principal. Surprenante voie d’accès, tantôt elle épouse les bords de la falaise, dans sa première partie, exposée au sud, tantôt les passages sont abrités, plus prosaïquement le chemin évite les gros enrochements. Vers le second plateau il disparaît complètement, les rochers encombrent un peu moins le plateau. Ici un premier ensemble de constructions garde cet accès, j’y repère les vestiges d’une porte, un mur bouclier percé de trois meurtrières, la tour polygonale peaufine le groupement. Ce bâtiment attribué aux Arméniens diffère dans sa forme et dans son appareil. Il se compare à la maison forte de Kis. Dans ses fondements, Edwards y verrait bien une citerne, ses autres niveaux pouvaient être des pièces d’habitation.
Au centre comme un ventre, l’oeuvre majeure du site, une citerne principale utilise en partie une cavité naturelle située en plein milieu du pog. Des proportions monumentales, sa voûte flotte à plus de 8 m, supportée par une énorme pile centrale, l’ensemble me rappelle la salle basse du donjon franc de Saone en Syrie. Au Proche-Orient, avant les chapelles, les citernes figurent parmi les structures les mieux conservées, elles retiennent toute la vitalité. Cathédrales enfouies, par leurs dimensions, leur configuration ou leur implantation, exaltant le génie et les prouesses architecturales de leurs bâtisseurs. D’autres constructions en direction de la pointe Nord, des salles corridors toujours couvertes de leurs voûtes d’arête s’adossent à la muraille. Encore une répétition de style rencontrée dans plusieurs sites arméniens, Gokveglioglu, Savranda, Silifke, Toprake…
De l’avis de visiteurs avertis : Dunbar, Boal, Hellenkemper et Edwards, la forteresse appartient aux ouvrages Arméniens sur les fondations d’un ouvrage byzantin. Seule la face Ouest est investie, très peu de murs sur le front Est, de ce côté la falaise plonge vers un infini montagneux. R.C.

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Tamrut 2005/2014 Turquie (Cilicie)

Tamrut 2005 Turquie (Cilicie) R.C.
Tamrut 2005 Turquie (Cilicie) R.C

Une route longue et périlleuse nous mène à Tamrut, le château est en pleine montagne éloigné de toute habitation. Nous avions déjà perdu beaucoup d’heures pour rejoindre Meydan, à vol d’oiseau c’est 20 km pas plus mais un massif montagneux les sépare. En redescendant vers Adana, il faut prendre une petite route à droite vers Etekli (fléchée), après le village débute une piste en direction de Posyagbasan. Durant 40 mn, inutile de regarder vers l’horizon si un pan de mur ou une butte te paraît propice, le château ne sera jamais visible depuis cette route. D’abord elle passe un col, plonge dans une vallée, 600 m plus bas coule l’Eglence pas une âme vivante au fond de cet immense espace herbeux, franchir le pont, la piste remonte sur l’autre versant. Une « île », dans un autre vallon trois ou quatre fermes à flanc de colline, demandez votre chemin, ils connaissent le « kale ». Peut-être se souviendront-ils de nous, les touristes ne s’y pressent pas ? Les heures fastes de Tamrut ne seraient pas si éloignées. Le soleil rasait la cime des pins, nous désespérions lorsqu’il apparaît enfin, au-dessus, seul, orienté à l’ouest alors que notre piste vient de l’est. Idéalement placé, l’enceinte occupe le couronnement d’un piton isolé détaché de la montagne. Si vous trouvez un sentier de chèvres à flanc de côte, il faudra seulement 10 minutes d’un bon raidillon pour parvenir à la terrasse de l’entrée, plein ouest, elle se situe entre 2 tours. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que ce château ait eu une position stratégique tant il est isolé et pourtant… la belle preuve en est son bon état de conservation. A l’époque de l’hégémonie arménienne sur la région les enjeux différaient légèrement. En plein col, sur la chaîne qui relie les Portes de la Cilicie à Karsanti (Aladag), il défendait deux grandes vallées parallèles et d’autres voies qui desservaient le nord et le sud. Pas d’histoire pour Tamrut construit par des Arméniens, seules les inscriptions gravées dans une pierre à 6 m de hauteur au-dessus de la porte pouvaient parler, mais bizarrement elle a rejoint les éboulis, elle figurait encore sur les photos d’Edwards en 1979. Parvenus au sommet, le soleil disparaît, la piste de l’aller se fera en nocturne, puis 60 km de routes turques à tombeau ouvert nous attendent. Aux alentours de 20 h nous quittons Tamrut avec un goût d’inachevé et de retour possible. Un parcours éclair à la lueur du soleil couchant, le passage de la porte est défendu par une souricière comme à Yilan. L’étendue intérieure se partage entre arbustes et rochers affleurants, dans la cour l’inclinaison suit le plan du piton complètement fortifié, tous les casernements s’adossent à la muraille. Une à une, j’inventorie toutes les salles, impossible de signifier leur destination. Des baies voûtées ouvrent sur la vallée encore traversée par des particules de lumière jaune. Derrière, au nord-est, une haute paroi verticale grise, presque bleue, la lumière n’est plus dans ce fossé naturel où l’obscurité s’installe, gagnant une monochromie sinistre en soirée.
Dans cette demie pénombre, je réalise à peine que le site est entièrement isolé du flanc montagneux, que ses murs prolongent l’aplomb de la falaise. Pour un endroit abandonné depuis plus de cinq siècles, de nombreux éléments subsistent en bon état : quelques portes d’accès aux logis périphériques, la chapelle, une citerne en guise de crypte, les tours et l’enceinte. Si fort et si fragile aux pieds des montagnes, il domine cette large vallée qui se dérobe après Camlibel dans un long défilé vers Pozanti. Redoutable position dans cette extrême solitude, je conserve ce souvenir, éloigné de tout quand le jour s’efface, le vent des gorges du Taurus finit par tomber.

Le retour vers Etekli  – Une aventure vécue et un extrait de la vie dans les campagnes du Taurus (2005)

21h30, dans un nuage de poussière une Albea traverse à vive allure un village de Cilicie. Trois lampadaires illuminent l’intersection, les abords de la mosquée et la rue principale. « Walter arrête-toi j’ai soif ». Il faisait déjà nuit quand nous passions la porte de Tamrut, ce jour-là nous avions sacrifié à la découverte de deux ruines nos chich tawik ou chich kebab quotidiens. Au moins une journée sans digérer d’oignon. Un moustachu affable s’empresse déjà auprès de nous, le gourbi fait dans les 10 m2 et regorge de marchandises : du clou au Miko de base. Un Coca light et une eau gazeuse à la réglisse, le taulier nous invite dans son « restaurant », avec un grand sourire de franche sympathie pour cet homme qui taffe depuis qu’il est réveillé, nous déclinons l’invitation. En sortant, nous adressons un dernier sourire toujours franc de sympathie devant la bonhomie de cette scène pastorale qui nous repousse dix siècles auparavant. Là, se trouve rassemblée une bonne partie, assise, des gars du patelin, ils tchatchent et jouent au backgammon en buvant du thé. Le poste de télévision posé sur une chaise distille des images de danseuses et des pubs. Je ressens comme tous les « aventuriers » le besoin impérieux de m’immiscer dans ce microcosme, boire un glass de raki en tirant sur une latte de tabac turque en échangeant quelques sourires avec ces édentés si sympathiques qui transpirent l’oignon. Une pensée m’effleure : « je réalise que ces types ne connaissent même pas les 35 h, d’ailleurs ils ne doivent pas connaître le temps libre ou le mot loisir ! Remarque, quand tu leur demandes de localiser le château dans la vallée d’à côté, ils ne savent pas, signe de l’étendue de leur périmètre d’investigation domestique. » Inconscients de leur bonheur, ces gars ont une belle vie : leurs femmes aux champs ou à la cuisine avec leurs mioches. Ils partagent leur existence calme et nonchalante entre le bar salle de TV, quelques menus travaux agraires, le bricolage de leur maison, la sieste, la tchatche avec leurs potes, sans rêver aux pays lointains où la vie est forcément meilleure. Derrière nous Tamrut plonge dans une nouvelle nuit.

Seconde visite de Tamrut en 2014

Ce second passage au printemps de 2014 en suivait un précédent à l’automne 2013. Tamrut apparaissait au loin adossé à sa montagne, parfaitement identifiable il prenait un air de temple rupestre. A cette époque nous recherchions le petit fortin d’Isa dans la vallée de Sivisli, à l’ouest en repartant vers Pozanti. Nous devions échouer mais pour comprendre enfin l’importance stratégique de Tamrut sur la route Ouest Est, des portes de Cilicie à Karsanti (Aladag). Exposé plein ouest, le fort accède à la vue sur toute cette longue vallée traversante, sans autre limite que celle de notre perception visuelle. La visite de Yanik kale, la veille, a permis de conforter la position comme éminente dans l’histoire des Arméniens de cette région. Tamrut confirmait son rôle de place forte refuge, à l’intersection de la traversante Est Ouest au pied du Taurus et d’une route vers le sud qui emmène à Sis, la capitale à deux bonnes journées de marche. Outre le site religieux de Yanik dans la vallée de Kupe dere, le château offrait un relais depuis Milvan et Isa, juste avant Meydan à une petite journée. L’Eglence, qui coule en contrebas dans la vallée alimente souterrainement la gorge de Yanik (à cet effet référez vous à l’article de Yanik kale). Les Byzantins n’ignoraient pas l’importance stratégique de cet axe, voire l’intersection, ils y édifièrent le fort de Keci kale à plus de 1300 m d’altitude, construit aux alentours du Xe siècle il permettait de surveiller les deux routes. 2014, neuf années plus tard, plus aguerris aux pistes et au relief, nous avons repris la même route venant de l’est, elle reste la même, sous le soleil de midi je n’imagine pas parcourir le même chemin, pourtant rien n’a changé. Il y a ce bloc dans un pré en contrebas de la route, recouvert d’inscriptions byzantines il sert à présent de repère pour un point d’eau, des bergers à qui nous redemandons notre chemin nous l’ont indiqué. Il s’agirait d’un ex voto, comment ce bloc de plusieurs tonnes, dont les dimensions voisinent d’un mètre sur deux, repose dans ce champ. Les bergers turcs affectionnent les trésors de l’archéologie mais pas au point de véhiculer pareil caillou ! Nous allons retrouver Tamrut, hélas le chemin qui passe au pied du rocher n’est plus carrossable, auparavant il permettait de redescendre en voiture dans la vallée de Posyagbasan vers Sivisli. Seule la végétation progresse un peu, que font les chèvres… Nous découvrons le fossé, il décolle totalement le piton du flanc de la montagne. Profond de 20 à 30 mètres, large de 10 à 20, il parait naturel, considérant la planéité du fond il a dû néanmoins servir de carrière pour la construction. Effectivement, les remparts prolongent les parois de l’éperon, avec une maçonnerie soignée. Dans le château, la dégradation des murs des casernements éclaire sur le bâti : constitué à l’extérieur d’un mur de parement bien appareillé, quant au remplissage, il s’agit d’un tout venant liaisonné par des poutres troncs noyées dans la masse. Le principe, peut être anti sismique, donne une bonne résistance à l’érosion, car ces murs ne sont plus entretenus et protégés depuis cinq à six siècles. Refaire le tour des salles, elles se succèdent et se chevauchent, comprendre leurs interpénétrations, par une ouverture regarder vers la vallée infinie, se pencher au dehors pour évaluer le précipice vers le fond du fossé. Si le fameux Kopitar était Tamrut, par ici en 1195 Grégoire V le catholicos prisonnier qui voulait s’évader chutait mortellement. A propos des luttes fratricides entre les souverains de la Petite Arménie et les Catholicos lisez mon article sur Hromgla. En constante, la présence de la solitude plane toujours, au loin les routes et les habitations s’animent mais n’en rendent aucun son, le vent dans les pins et quelques oiseaux s’en chargent, pourvu que tout dure ! R.C.

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Meydan 2005 Turquie (Cilicie)

Meydan Turquie Cilicie
Chateau de meydan Turquie Cilicie

Depuis Adana il y a environ 60 km, le château se situe en montagne à 1500 m d’altitude. Il faut apprendre à se méfier des cartes en Turquie, surtout des routes secondaires. Ce jour là nous roulerons durant trois heures pour parvenir au village, apercevoir les premières murailles perchées dans une forêt de sapins, ensuite nous marcherons une heure de plus pour toucher la porte. Plus exactement l’encadrement d’une poterne, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’huis là-haut. Pour y parvenir il faut s’engager dans un étroit passage comme une cheminée. A l’intérieur, tout se mêle, le rocher, les murs, la végétation d’altitude, heureusement pas trop de pillage, tout est là, il fallait redescendre les pierres dans la vallée… L’austérité règne, brutalité des formes, dénuement des murs, absence de toute ornementation, seulement la fonction défensive. Il n’y avait pas d’eau sur place, le premier puits se trouvait à 20 mn de marche, alors les gars creusèrent quatre citernes. Le site occupe tout le sommet divisé en deux espaces, la partie haute surplombe de 50 mètres. Un puissant mur appuyé sur le rocher les sépare avec un rôle défensif manifeste, en considérant les tours et les postes de tir, cette partie offrait un dernier refuge en cas de siège. Le plus élevé se termine par une belle terrasse, recouverte d’une pelouse, à proximité de vestiges d’une salle voûtée, basculés au sol, plusieurs chapiteaux sculptés de motifs végétaux et animaliers. Depuis le balcon au bord de l’à-pic comptez à perte de vue sommets enneigés du Taurus. Encore plus de souvenirs dans la partie basse, essentiellement sur le flanc Est, principalement le haut mur percé de onze archères au raz du sol et de quatre ou cinq autres à 4 mètres au-dessus, il défendait un autre accès. Qui pouvaient être ces téméraires malfaisants, capable de cavaler en pleine montagne, d’escalader pour se colleter à des murailles de plus de 7 m ? Il s’agirait de l’entrée principale… aujourd’hui la poterne Ouest semble la seule issue disponible. Tout est encore là, mais assez abîmé, le temps en a fait son affaire. Seule la chapelle incluse dans une tour se maintient en bon état, sa construction avec d’énormes blocs l’a sans doute préservée des agressions de la vie en montagne. A l’intérieur, concession au décorum dans cette austérité minérale, la voûte polychrome en cul-de-four où alternent les rangs de briques et de pierres. Recueillir des informations sur le château, sa construction, son histoire, sa ruine est aussi difficile que de s’en approcher, il n’existe pas sur les cartes récentes. Son nom est celui du village moderne plus bas. La position et la taille de la forteresse ne devaient pas passer inaperçues à l’époque de l’occupation arménienne, nous nous trouvons au cœur d’une zone stratégique, sur une route traversante Est Ouest reliant Karsanti (Aladag) aux Pyles de Cilicie. Ce constat permettrait d’avancer le nom de Bardzrberd correspondant à une trilogie de places importantes citées dans des récits : Molevon pour Milvan, Kopitar au centre et Bardzrberd pour Meydan. Chacun de ces forts servait de relais ou de refuge pour les voyageurs et les populations locales. Si vous souhaitez visiter d’autres sites dans votre journée… utiliser directement la route qui passe à l’ouest du lac depuis Adana en direction de Karaisali et d’Aladag. Depuis cette route, il faudra faire un léger crochet vers l’ouest et Meydan, le chemin d’accès se situe dans le village en contrebas de la route à gauche. L’accès au pied du pog est possible en véhicule 4×4, environ 20′, puis terminer à pied dans les sapins 10′. Position : 37° 31 N, 35° 23 E à 1450 m. R.C.

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