Nideck 2013 France (Alsace)

Si vous venez de « faire » le Wangenbourg, la randonnée vers les tours du Nideck vous transportera dans des paysages d’une « extrême sauvagerie », pas d’emballement, nous sommes toujours en Alsace ! Une bonne demie heure de marche sur de bons chemins dans la vallée de la Hasel mène à une arête qui ouvre sur deux vallées. A 530 m sur une pointe rocheuse qui termine l’éperon, une tour avec une courette occupe toute la sommité, d’autres structures vraisemblablement défensives s’étagent en dessous la déclivité est assez forte. Aujourd’hui le chemin passe au pied de ce donjon, dans l’ancien fossé qui l’isolait des autres fortifications. Cette partie du château, hélas très abimée, se situait au-dessus, sa structure reste perceptible malgré la végétation qui recouvre la plupart des murets.
Un gros mur bouclier juché sur un piton défendait une enfilade de bâtiments, surtout une tour. Rien de très novateur, d’autant que cette ultime construction date du XIVe. Des braies et un fossé la séparent du donjon, le gros morceau, parfaitement entretenu, à l’imparfait aujourd’hui car la nature revient laissant des arbustes jouer aux équilibristes sur la verticale. Une belle illustration annonciatrice de l’éclatement d’une muraille, elle débute par les joints puis la pierre se fend sous le gel. Chacune des faces comporte une disparité, à l’ouest la porte des malfrats ou pilleurs que nous utilisons actuellement a été ré-appareillée. Elle est surmontée d’une archère qui procure soleil et point de vue, à noter le bec qui termine élégamment cette ouverture (certains y voient une sorte d’urinoir…), à l’étage supérieur, une nouvelle baie surplombée par un arc de décharge. La face Sud recevait la porte d’accès originelle, des corbeaux en place témoignent de structures mobiles. L’arasement des bossages sur une grande partie du mur raconte également une histoire, vraisemblablement celle d’un bâtiment accolé. Les deux autres faces disposées sur le front d’attaque sont aveugles, le dernier niveau pour le couronnement ne profite pas du même appareil, il appartiendrait à une époque postérieure à la première élévation vers la fin du XIIIe. Tout le monde s’accorde sur 1264, un premier écrit mentionnant la vie de château pour la famille du sire Bourckard. Au siècle suivant nouveau témoignage sur les dissensions familiales, en 1336 le site se divise entre le bas et le haut, ce dernier se construit à cette période, riche XIVe. La seigneurie relève toujours de l’évêché de Strasbourg, à noter quelques petits heurts sans trop de douleurs. Plus d’agitations au XVe, dont plusieurs sièges, vers 1448 reprise par les strasbourgeois contre le comte de Fénétrange. Quatre années plus tard, la ville d’Obernai monte et s’empare du fort, vient le tour des Lichtenberg en 1454, puis des Müllenheim qui gouvernent une moitié du château jusqu’en 1509. Les malheurs de la Guerre de 30 ans, aucune information sur les possesseurs lors de l’incendie de 1636. Absence de restauration ou d’entretien, la ruine apparaît et se fige momentanément avec son grand donjon. R.C.

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Extrait du livre Châteaux oubliés et cités disparues

   
baghras © R. Crozat
Baghras / Gaston – mai 2012 – Turquie

Fort heureusement personne ne s’est encore penché sur la préservation de la forteresse de Baghras. Indemne, les murs sont tagués, la végétation s’étend, les pierres tombent, les béances s’ouvrent au dessus des voûtes, dans les galeries la terre et le sable ruissellent. Seule sur son gros rocher la ruine raconte encore son passé plus que millénaire. Elle doit être encore plus belle au levant alors que sa pierre blanche absorbe le soleil.
Combien de gars avides, rêvèrent du pouvoir en contemplant la plaine vers Alep, à l’est, à peine 40 km ? En direction du sud, 15 suffisent pour Antioche. Les pentes douces du sud-est plantées en oliviers ne laissent pas imaginer les abrupts redoutables du nord et de l’ouest, la passe se verrouille facilement. Une position incontournable pour tous les voyageurs ou les envahisseurs qui franchissent les Piles de l’Amanus. Siège d’un pouvoir convoité, ultime verrou qui défend ou inquiète Antioche au gré de ses alliances, Baghras relie la Syrie à la Cilicie. Un château stratégique passant de mains en mains, sans vraiment subir de sièges. Au cœur des ruines le voyage se poursuit dans les galeries, des boyaux s’enfoncent dans la terre, reliant de vastes salles à des casernements ou des celliers éventrés aux voûtes squelettiques, vestiges magnifiques. Délaissées, les niches de la grande chapelle, la salle de bal avec ses belles lancettes ouvertes à l’Ouest, l’allure altière des hautes galeries, les larges salles aux voûtes fatiguées presque naturelles.
La fin de la journée apporte toute la solitude mais nous retire de la lumière, en nous contraignant à l’essentiel. Combien de sites ai-je visité au-delà du jour ?
Bizarrement, cette forteresse essentielle serait-elle indéfendable, démantelée, brulée, abandonnée à deux reprises, jamais assiégée ?
Un premier emplacement romain, elle revient aux Byzantins qui la reconstruisent au Xe siècle, les Seldjoukides d’Alep s’y installent de 1084 jusqu’à l’arrivée des Francs en 1097, vide et errements jusqu’à l’arrivée des Templiers en 1136 ; en 42, ils n’en disposent déjà plus. Les Grecs l’utilisent comme base pour la reconquête d’Antioche toujours arabe, retour des chevaliers en 1155. Nouvelle perte en 70 au profit de Mléh, ancien Templier pro arménien qui s’appuie sur les soldats de Nour ad Din. La soif du pouvoir ne se pose jamais de limites dans la duplicité. Mléh disparaît en 1175, les hommes du Temple reviennent pour une durée de treize années, ils connaissent bien les lieux… Nouvelle reddition qui profite à Saladin, pour deux années seulement, craignant une arrivée massive de Francs due à la troisième croisade, il démantèle et abandonne. Installation arménienne en 1191, Léon Ier brigue Antioche afin de compléter son futur petit royaume de Cilicie ; quelques travaux, les arméniens sont bâtisseurs. La mort de Léon Ier et l’éviction de Raymond-Ruben d’Antioche en 1219, occasionnent un changement éphémère de suzeraineté, un certain Adam est nommé régent mais il tombe sous les coups de poignard d’un Assassin. Les Templiers n’en démordent pas, ils intercèdent auprès du pape qui finira par excommunier Léon Ier, promis en 1211, ils ne pourront jouir de leur bien qu’en 1219. Période de grâce pour nos amis à la croix, ils conservent leur château jusqu’en 1266. Las, Baïbars remonte d’Egypte raflant tout sur son passage, c’est la fin des occidentaux en Palestine, les chevaliers préfèrent incendier leur forteresse. Les Mamelouks s’établissent jusqu’au col de Beylan, juste au dessus. Dernier fait connu en 1280, les Mongols conquièrent le rocher mais les circonstances ne se racontent pas.
Deux cents années de tumulte ! La paix arabe revenue, sa position stratégique l’impose comme un fort de garnison bien entretenu. La fin de l’histoire oscille, au XIXe, entre l’abandon et/ou l’incendie qui dissuade tout nomade entouré de chèvres d’y vivre sa retraite.
R.C

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Extrait (inédit) du livre Châteaux oubliés et cités disparues


      Evciler © R. Crozat

Evciler (mai 2014) Cilicie

En recherchant Evciler, nous sommes d’abord tombés sur Hisar. Ce dernier se situe aujourd’hui sur un axe de circulation important, alors que son voisin se trouve retiré au fond de voies secondaires bien après le centre de Kizilbag.
Chaque dimanche les plaisanciers affluent, le site les attire surtout pour son plan d’eau accessoirement surplombé par la colline et son château, au demeurant peu fréquenté. Reconnaissons que l’escalade de la butte à 1030 m exige quelques efforts : des sauts de rocher, des talus instables, un vrai maquis d’épineux, aucun chemin, le plus simple pouvant être un accès par la face Nord-ouest. De loin plutôt flatteuse, l’allure, devient plus rustique à l’intérieur ainsi qu’aux abords immédiats. Une végétation luxuriante colonise tout l’espace.
Œuvre principale, une tour donjon à trois niveaux, dont le premier était couvert d’une voûte, la construction en revient aux Byzantins. L’appareil, constitué de blocs de réemploi et d’autres grossièrement taillés, ne donne pas dans le soigné mais plutôt dans l’efficace. La lecture des faces Est et Ouest du bâtiment ne manque pas d’attrait, tout d’abord avec la dimension des moellons qui diminue progressivement vers le plus haut, ensuite à la hauteur du second niveau, avant les ouvertures, apparaît le recyclage : sur un rang une alternance de pierres taillées à bossages, puis au-dessus plusieurs colonnes en boutisse. Enfin nous le croyions, il s’agit plutôt de socles de colonne. Pourquoi les placer aussi haut alors que la construction semble uniforme dans son élévation ? Peut-être pour la dissuasion, en laissant imaginer l’effet d’une fortification renforcée. Au pied de la tour, sous la face Est une poterne ouvre sur un surplomb, certainement l’emplacement de la chapelle, une amorce d’abside se distingue parmi les pierres et la végétation. L’emplacement de la porte principale existe toujours, elle s’opposait au donjon en traversant la cour. Un vaste enclos assez plan, très encombré de plantes opulentes. 60 mètres sur 40, la traversée s’avère aventureuse, il vaut mieux longer les murs. Aucune citation, histoire inconnue sans références, comment justifier cette grande cour : une cité refuge avec un petit corps de garnison, ou simplement pour nantir tout l’espace disponible à la limite des abrupts ? Les Arméniens l’ont certainement utilisé comme un bouclier pour leurs citadelles, Paperon se trouve à seulement quelques kilomètres.
RC

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Extrait du livre Châteaux oubliés et cités disparues

  Adilcefaz © R. Crozat

Adilcevaz vangolu (mai 2012) Turquie (nouveau texte)

Le paysage de la Turquie moderne n’est pas avare de châteaux en ruine, si vous en doutiez ou l’ignoriez, à présent vous savez. Enrichi de ces vestiges perchés en des lieux oubliés, traversé, envahi, morcelé, ce vaste territoire a accueilli tous les grands courants religieux dès leurs origines.
Depuis Maras ou Urfa, l’ancienne Edesse, il faut consacrer une journée pour rejoindre l’extrême Est. J’aimerais apercevoir les rives du lac de Van avant la nuit. Las, mon désir s’enlise sur des pistes de montagnes destinées à devenir les grandes traversantes du futur vers l’Asie. En attendant le désenclavement, la nuit et la pluie clouent la poussière au sol, la moindre côte peine les énormes camions, il faut les passer sinon nous n’aurons même pas d’hôtel pour cette nuit. En face d’autres mastodontes dévalent plein phares. A chaque dépassement, l’épreuve, rentrer une vitesse, je n’entends plus le moteur, les essuie-glaces chassent la boue, tant pis pour les amortisseurs ou les pneus, chaque ornière disloque un peu plus la petite Renault. Un de passé, j’aperçois déjà les lanternes du suivant, garder son élan, rester sur la voie de gauche tant qu’il n’y a pas de phares en face et passer au plus vite le gros 38 tonnes, avant le prochain virage. Le crachin toujours, maintenant la buée finit par coller aux vitres, des pierres cinglent les bas de caisse, dans la machine à laver soudain tout s’arrête ou s’apaise et glisse sur le velours lorsque revient le bitume. Rouler le plus vite possible, ce tronçon à quatre voies nous conduira-t-il jusqu’à Tatvan ?

Sur la côte occidentale du lac, Tatvan subit encore la rigueur du climat continental à tendance soviétique, en mai le printemps se découvre à peine. Une allée bétonnée court sur les berges, les couleurs des manèges pour enfants passent, les superstructures des buvettes rouillent, des drapeaux élimés claquent. Certains fument, d’autres courent, des chiens jouent, marcher au bord du lac de Van, toucher son eau bleue évanescente, le voyage continue sur la côte Nord-ouest.
Le village d’Adilcevaz n’est pas un « bled perdu », en s’étalant sur les rives du lac il tente de singer une station balnéaire. Une route en corniche surplombe toute la baie avant de plonger vers la plaine et l’agglomération, les derniers restes de la citadelle pointent depuis une protubérance calcaire. La couleur bleue méditerranée de l’étendue réchauffe l’atmosphère de fin d’hiver, la neige persiste sur les sommets du Nemrut, vent du nord-est et herbe rase.
L’état de ruine semble ancien, des murs de galets sur champs et pointes résistent, pas suffisamment pour esquisser des plans ou discerner les bâtiments militaires des habitations. Il s’en dénombrait environ une petite centaine, pour l’administration, pour le stockage du grain, une poudrière enterrée, des citernes, des tours, tout en fragments aujourd’hui, à l’exception évidemment de la mosquée maintenue en état avec les plus beaux restes.

De la forteresse, qui se souvient du passé ? Derniers témoins : des arches, quelques amorces de voûtes ou de ces chicots de murailles aux origines diverses, byzantines, seldjoukides et arméniennes lorsque la ville s’appelait Ardzgui. Une colonie arménienne y a vécu jusqu’en 1915, bien auparavant les Urartéens avaient investi le rocher, leurs traces se retrouvent surtout à Kefkalesi en remontant un peu plus haut dans la plaine vers l’ouest. L’histoire du royaume urartéen, contemporain des Assyriens, se développe autour du lac de Van au IXe avant JC, enflant au VIIIe il s’étend vers l’est et le sud est, de la Géorgie à l’Irak, il disparaît au VIe. Au bord du lac, Adilcevaz servait d’avant poste pour la citadelle retirée de Kefkalesi, des blocs taillés recyclés dans la construction portent des marques d’inscriptions cunéiformes. Bien entendu je ne les ai pas vues. De l’autre côté à l’est, dans les vestiges de l’ancienne Tushpa aujourd’hui la citadelle de Van, la mémoire des Urartéens perdure, matérialisée par une architecture soignée. Mêlant aux blocs cyclopéens de la brique crue, le modèle se duplique à tous les autres sites fortifiés de ce royaume. Les vestiges d’Adilcevaz trop abîmés ne révèlent rien.

RC

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Grand Geroldseck 2013 France (Alsace)


Entre restauration, abandon, fouilles perpétuelles, la permanence des cinq siècles de ruine est devenu un état statutaire pour ce vaste domaine. L’ultime reddition date de 1471 ou de 1486, et les plus anciennes constructions appartiennent au tout début du XIIe, vers 1120. A peine quatre siècles d’occupation pour déjà 150 années de fouilles et de colmatage. Les premières officielles, débutent en 1861 avec la mise à jour des caves du palais, à cette époque elles se trouvent encore sous leurs voûtes, mais fragilisées elles sont rapidement démolies. Surdimensionné, tout l’est, un plateau de 110 mètres sur 90, le donjon de 10 x 10 pour 22 de hauteur et 3 mètres d’épaisseur, la résidence seigneuriale un bâtiment de 30 mètres sur 10, il fallait au moins cela pour abriter plusieurs familles. L’histoire se mêle à celle de l’abbaye de Marmoutier dont les Geroldseck en sont les avoués, une charge juteuse qu’ils ne lâcheront qu’avec la conclusion de leur dynastie à la fin du XIVe. Depuis le début du XIIIe, le site se partage entre les membres de la famille et l’évêque de Metz, ou plus tard avec des grands seigneurs régionaux. Une véritable colonie habite le plateau. Le morcellement, voire l’émiettement ne cesse, jusqu’aux événements qui mènent au siège de 1471 ou 86, quand une bande de pillards aristocrates résidents se fait déloger par le duc de Lorraine, l’évêque de Strasbourg et l’électeur Palatin, le château brûle. La descente du donjon est plus tardive, frappé par la foudre, deux murs s’effondrent en 1718. La place ne semble pas avoir subi de remaniements après l’élévation du palais vers 1220. La majeure partie des constructions résidentielles et la muraille datent de la seconde moitié du XIIe, le donjon appartient aux premières années du XIIIe siècle. Aucune trace d’adaptation à l’artillerie, le mauvais état avéré, lié à l’absence d’entretien est patent dès 1460. Actuellement, l’état des ruines ménage tous les publics, de l’endimanché au savant en passant par le randonneur en famille. Le plan s’étendant sur près d’un hectare, des zones de friches subsistent notamment au sud et sud-ouest. La partie Nord-est qui cerne le donjon, largement fouillée et restaurée, convient à la vision romantique du grand public. La masse de la puissante tour dans l’axe du col, plantée juste au-dessus de l’entrée devait impressionner plus d’un frêle pèlerin. En complément de votre visite du grand Geroldseck, filez vers le « Petit » un petit quart d’heure suffit au randonneur. Les plus vigoureux s’enverront le Haut Barr sur le ballon d’en face, la vallée est étroite.
La ruine s’en sort assez bien face au constat de son comportement aujourd’hui, hélas certains aspects pratiques pour le grand public, bien trop restaurés, dénaturent et démythifient le bucolique. RC

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Geroldsek 2013 France (Alsace)



Quand l’un s’étale sur un plateau l’autre se ramasse sur piton gréseux. Tous deux relèvent de la même seigneurie, Marmoutier, administrée par les Géroldseck, fief de l’évêché de Metz. Il s’oublierait volontiers. Excessivement restauré au XIXe pour de chiches vestiges il ne se prête même pas à la photographie. Un programme qui n’appelle pas le détour, la seule particularité consiste en un arc de décharge percé par une ouverture carrée évoquant un assommoir. Situé au pied du donjon, d’autres imaginent une latrine, enfin des gravures anciennes montrent à cet endroit une porte que l’arc supportait, l’hypothèse de l’assommoir qui protège un passage devient plausible. De la forêt émergent deux tours, au nord la partie la plus ancienne date de la seconde moitié du XIIIe, un petit donjon typique collé à son socle, paré de pierres à bossage. L’exiguïté du bâtiment ne laisse pas beaucoup d’espace pour une résidence, néanmoins au XIVe un nouveau logis occupe le reste de l’éperon. Aujourd’hui il n’en reste que l’extrémité largement remaniée au XIXe. Depuis la plateforme sur laquelle repose le socle l’avancée avec sa petite meurtrière figure une proue de navire. La fonction de ce petit château s’accorde plus comme un appui du grand Geroldseck, que d’un point d’attaque. Dans l’histoire détaillée tracée par JM Rudrauf il aurait pu servir d’exil pour les indésirables du château principal, pourquoi pas une retraite… Il arrive en Alsace que des grosses places soient secondées par des forts annexes. La ruine semble ancienne, aucune affirmation de l’abandon qui pourrait être contemporain du majeur. Une longue portion de mur de soutènement se maintient en dépit des assauts de la végétation. Après votre passage au « grand », vous vous recueillerez ici au calme et en paix. R.C

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Spesbourg 2013 France (Alsace)


Il ne lui manque plus qu’une toiture au Spesbourg pour recouvrer son lustre du XVIe. Plaisons nous à imaginer l’ensemble couvert de hauts toits en écaille de terre cuite, au milieu de la forêt, loin des circuits routiers. La foule s’y agglutine d’avril à septembre, avant de le plonger six mois solitaire dans le brouillard, la pluie ou la neige. Facile, à peine 10 minutes l’isole du parking, la Hungerplatz t’attend à 15 mn, ajoute en 15 autres pour parvenir au fossé du voisin Andlau. Petit dénivelé, la choucroute entre les deux excursions peut s’envisager ! Le dimanche l’alsacien déjeune au restaurant, ensuite il chemine sur les sentiers du Club Vosgien, dans la forêt d’Alsace implantée sur le massif vosgien. Quant au vosgien de l’intérieur, plus laborieux, il préfère l’estaminet pour son activité post prandiale. J’évoque une époque presque révolue, celle pendant laquelle les murs du Spesbourg jouaient aux montagnes russes et la végétation occupait l’intérieur du rocher. Aseptisé, c’est en deçà, un vrai travail d’Ecossais ou d’Allemand, finalement il s’agit d’un retour aux origines avec Henri von Dicka évêque à Strasbourg. Noble, issu d’une grande famille de Mayence, il règne sur une large partie de l’Alsace et nomme son frère avoué de l’abbaye d’Andlau vers 1258. De l’avis des chroniqueurs du XXe, rien n’atteste qu’il possède une seigneurie ou édifie un château dans les environs. Les titres immobiliers datent du XIVe ainsi que l’allure de la construction, une grosse tour sur son rocher, percée de larges baies, confère plus volontiers l’allure d’un palais. Un peu toscan avec toutes ces ouvertures ogivales et son étroit donjon. La résidence prévalant sur le militaire, l’édification au milieu du XIVe devient raisonnable. En 1383, le dernier des Dicka disparaît sans descendance, voisins de quelques centaines de mètres les Andlau héritent du château, ils l’occupent bourgeoisement. Echauffourées vers 1431, Etienne de Bavière prend le site sans défense, mais le perd rapidement lorsque les Andlau le reconquièrent avec 2000 hommes, dont tous les paysans du canton ? Au XVIe, une histoire ancillaire provoque un mouvement de révolte qui amorcera la ruine du Spesbourg. Ca brule, mais il aurait été restauré, pendant la révolution les locaux en prélèvent des pierres, l’abandon semble antérieur. Si les suédois ont épargné le voisin, ils se seraient appesantis ici. Les Andlau récupèrent leurs biens après la révolution entre 1820 et 1830. On s’imagine difficilement une vie grouillante aux abords voire dans l’étroite basse-cour suspendue au pied du rocher. Deux tours carrées marquaient la courtine très restaurée, pénétrer dans l’enceinte n’arrache aucune béatitude, plutôt de platitude, à peine relevée par le grain de la pierre de grès et les fiers arrachements des manteaux de cheminée. Le visiteur comprendra très vite qu’il se trouve dans un château résidentiel, des ouvertures sur trois côtés, des cheminées à tous les étages. La lecture du plan exige de l’interprétation, plusieurs logis occupent l’espace, le principal à l’est possède des murs qui ne sont pas liés à la courtine, avec des baies qui ouvrent sur la paroi du donjon à deux mètres… Au sud et à l’ouest se trouvaient des communs, certaines baies de la face Ouest ne semblent correspondre à aucune cellule d’habitation. Une primordiale apparence dicterait à la façade un rythme de fenêtres sans lien avec l’intérieur, ainsi le bloc percé ne serait qu’une œuvre architecturale. Un dernier effort, tentez d’imaginer quelle charpente avec quelle toiture pouvait couvrir l’intégralité du bloc. Face à la crête se dresse un mur bouclier, le fossé a été creusé en partie, seule concession défensive. R.C

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